jeudi 22 septembre 2016

Pâques ou Pâque ? (partie 11)

On a vu dans le chapitre précédent qu'Abraham et Sarah cachent sous leurs traits la figure de l'Eternel. L'histoire d'Abraham peut donc être regardée de deux manières, tout dépend de quel côté on tient la lorgnette. En règle générale c'est par le petit bout qu'on interprète le texte, la focale posée sur l'homme terrestre, tout en ignorant le cadre plus large du contexte spirituel. Or la vie d'Abraham dépasse largement le cadre de ses faits et gestes, car elle englobe la vie future de tous les croyants. Comme archétype de la foi, elle ouvre la voie de deux chemins, celui de la vie ou de la perdition. Ces deux chemins se sont séparés au travers d'Abraham et de Lot. Le premier est resté sur les hauteurs arides des collines de Judée et le second est descendu vers la ville de Sodome.

Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?

Le chapitre 17 de la Genèse pourrait être appelé celui de l'Alliance et celui qui le suit directement, celui du Jugement. Dieu souligne ainsi dans la Bible la forte corrélation entre les deux. Briser ou ignorer l'Alliance aura des conséquences. Les juifs vont expérimenter dans le futur ce qu'il en coûte de briser l'Alliance, mais le monde lui, expérimentera ce qu'il en coûte de l'ignorer et in fine le résultat peut être le même. A partir du moment où le Créateur se présente physiquement dans Sa création, soit le monde se soumet à Ses lois, soit il disparaît dans un déluge d'eau ou de feu. Les Sumériens ont disparu non parce qu'ils étaient plus mauvais que les Akkadiens, mais parce que les fils de Dieu au milieu d'eux le sont devenus. La même chose va advenir à Sodome et sa région. 

Genèse 18 : 1 L’Eternel lui apparut parmi les chênes de Mamré, comme il était assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. 2  Il leva les yeux, et regarda : et voici, trois hommes étaient debout près de lui. Quand il les vit, il courut au-devant d’eux, depuis l’entrée de sa tente, et se prosterna en terre. 3  Et il dit : Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe point, je te prie, loin de ton serviteur. 4  Permettez qu’on apporte un peu d’eau, pour vous laver les pieds ; et reposez-vous sous cet arbre. 5  J’irai prendre un morceau de pain, pour fortifier votre cœur ; après quoi, vous continuerez votre route ; car c’est pour cela que vous passez près de votre serviteur. Ils répondirent : Fais comme tu l’as dit. 6  Abraham alla promptement dans sa tente vers Sara, et il dit : Vite, trois mesures de fleur de farine, pétris, et fais des gâteaux. 7  Et Abraham courut à son troupeau, prit un veau tendre et bon, et le donna à un serviteur, qui se hâta de l’apprêter. 8  Il prit encore de la crème et du lait, avec le veau qu’on avait apprêté, et il les mit devant eux. Il se tint lui-même à leurs côtés, sous l’arbre. Et ils mangèrent. 9 Alors ils lui dirent : Où est Sara, ta femme ? Il répondit : Elle est là, dans la tente. 10  L’un d’entre eux dit : Je reviendrai vers toi à cette même époque ; et voici, Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l’entrée de la tente, qui était derrière lui. 11  Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge : et Sara ne pouvait plus espérer avoir des enfants. 12  Elle rit en elle-même, en disant : Maintenant que je suis vieille, aurais-je encore des désirs ? Mon seigneur aussi est vieux. 13  L’Eternel dit à Abraham : Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant: Est-ce que vraiment j’aurais un enfant, moi qui suis vieille ? 14  Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de l’Eternel ? Au temps fixé je reviendrai vers toi, à cette même époque ; et Sara aura un fils. 15  Sara mentit, en disant : Je n’ai pas ri. Car elle eut peur. Mais il dit : Au contraire, tu as ri. 16 Ces hommes se levèrent pour partir, et ils regardèrent du côté de Sodome. Abraham alla avec eux, pour les accompagner. 17  Alors l’Eternel dit : Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ? …

Dans le passage ci-dessus, il apparaît qu'Abraham reconnaît immédiatement les hommes qui apparaissent à ses côtés comme les "voyageurs" de l'Eternel. S'il les reconnaît si facilement, c'est qu'il les avait déjà vus au paravent dans la plaine à proximité de la ville de Sodome et il n'y a aucun doute dans son esprit, puisqu'il se prosterne immédiatement devant eux. La suite confère aux règles classiques de l'hospitalité en vigueur chez les gens qui vivent sous les tentes, comme chez les Berbères encore aujourd'hui. Mais si Abraham respecte les règles de l'hospitalité en vigueur chez les nomades, l'Eternel lui ne s'embarrasse pas du protocole. Normalement l'étranger qui voyage, s'annonce de loin en s'approchant d'une tente étrangère. Généralement on le fait lentement par étape, pour laisser le temps à celui qui est dans la tente de reconnaître par le vêtement ou des signes distinctifs l'origine du visiteur, le pas lent signifie que l'on vient en paix. Une autre règle d'or concerne la femme de l'accueillant que l'on respecte en restant discret par rapport à elle. Tout voyageur se doit de garder ses distances par rapport  aux femmes qui vivent sous les tentes, car il serait insultant d'y jeter ne serait-ce qu'un regard. Or dans la tente d'Abraham, toutes les convenances volent en éclats et les choses se passent comme si c'était Abraham qui était l'hôte de sa propre maison. Abraham réagit comme un sujet dévoué à son roi, soumis à son Dieu qu'il a désormais reconnu parmi les hommes reçus sous sa tente et qui devient celle de la rencontre.

Dans la tente de la rencontre, Dieu va s'adresser pour la première fois directement à Sarah. Il lui annonce qu'elle aura dans neuf mois un fils. Il souligne son doute par son mensonge, ce qui doit la couvrir de honte et de crainte face à un homme qui perçoit jusqu'aux pensées les plus profondes. Abraham et Sarah réagissent somme toute normalement pour des personnes âgées qui se sont résignées à la stérilité. Mais voilà, Dieu veut un fils qui soit le produit de Sa promesse. Isaac est donc plus le fruit d'un miracle que l'expression amoureuse d'un couple. De surcroît, un miracle auquel personne ne croira et dont on rira. La volonté d'avoir un fils exalte l'esprit paternel et en révèle le désir. Le Père des nations, le Dieu Très Haut, fait la promesse d'un fils dont Isaac est l'archétype.

Ce fils héritera de tout et sera porté d'une affection exclusive et sans partage, car Dieu est jaloux. L'amour total ne supporte pas la demi-mesure. Or le cœur d'Abraham est encore partagé dans son affection pour Lot, son neveu et fils spirituel. Dernier lien qui le rattache encore à sa famille chaldéenne. Or Lot a été dans la présence directe de Dieu lors de la rencontre dans la pleine avec Melchisédek. Il a assisté à la conduite outrageuse du roi de Sodome et à la colère d'Abraham. Malgré cela il retourne vivre à Sodome pour se soumettre à ce roi. Outre le fait de vivre dans une ville aux mœurs dépravées, Lot ne fera jamais du Dieu d'Abraham son dieu. Il se fondra même dans son milieu et mariera ses filles avec des hommes de la ville. Des sodomites unis aux filles du fils de l'affection d'Abraham, la coupe de l'Eternel est désormais pleine. Un amour exclusif ne peut souffrir un pareil mélange. Lot doit disparaître de la vie d'Abraham!

Mais il y a un problème épineux à résoudre, l'affection d'Abraham pour Lot ne doit pas se transformer en affliction le jour où Abraham apprendra la destruction de la ville, puis la mort de son neveu et de sa famille. Car Dieu ne veut pas uniquement détruire la ville, Il veut également détruire tout sentiment à l'égard de Lot. L'Eternel lui annonce alors ses intentions concernant Sodome et Gomorrhe. Mais au paravent, Dieu lui rappelle ce qui fait la différence entre un pécheur et un juste. Gen 18 : 18 Abraham deviendra certainement une nation grande et puissante, et en lui seront bénies toutes les nations de la terre. 19  Car je l’ai choisi, afin qu’il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l’Eternel, en pratiquant la droiture et la justice, et qu’ainsi l’Eternel accomplisse en faveur d’Abraham les promesses qu’il lui a faites …

Abraham a été choisi pour garder la voie de l’Eternel et pratiquer la droiture et la justice. Soit se comporter honorablement envers ses semblables, mais également garder une foi inébranlable afin que cela lui soit imputé à justice. Ainsi par le juste Abraham, toute la Terre pourra connaître l'Eternel et être bénie par Lui. La foi d'Abraham a pour vocation à servir de modèle universel. Ainsi quiconque croira comme Abraham sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. Car seule la foi justifie, c'est l'ordonnance primaire qui passe avant toutes les autres. Car l'observance d'aucune loi ne justifie, qu'elle soit adamique, noachide, abrahamique ou mosaïque. Les règles, les ordonnances ou les traditions ne sont pas l'expression de la foi que Dieu recherche. Les choses sont plus simples et peuvent être résumées simplement en trois étapes comme on l'a déjà vu: premièrement, quitte ton pays et ta famille et suis-moi. Secondement, établis une alliance avec Moi. Troisièmement, porte Mon nom. Mais l'Eternel va encore plus loin dans la simplification des relations avec les hommes. Croire dans le fils de la promesse dont quiconque rira, même Abraham. La foi d'Abraham le justifie alors dans le sens où cela le mène au fils de la promesse, geste divin que seul l'Eternel accomplit.

Une question se pose concernant le fils de la promesse. S'il est le produit d'une foi qui dépasse l'entendement humain, pourquoi Dieu l'impose-t-il? Car il va être le produit de l'amour et même sa quintessence. Il semble évident que lorsque Isaac naîtra, il sera inondé d'un immense amour par ses parents. Comme fils unique inespéré et produit d'un miracle, l'amour qui va l'entourer sera également unique. Le fils de la promesse est donc également celui de l'amour. La justification par la foi se fait donc dans l'amour et pas n'importe lequel, un amour éprouvé et exclusif révélé par le fils de la promesse. Cette exigence de l'amour sera renouvelée plus tard en Deutéronome 6 : 4 Ecoute, Israël ! l’Eternel, notre Dieu, est le seul Eternel. 5  Tu aimeras l’Eternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. 6  Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton cœur. 7  Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. 8  Tu les lieras comme un signe sur tes mains, et ils seront comme des fronteaux entre tes yeux.

Le fils de la promesse Lui-même rappellera cela en Matthieu 22 : 37  "Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. 38  C’est le premier et le plus grand commandement. 39  Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 40  De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes." La voie de l’Eternel dans la pratique de la droiture et la justice est exprimée dans la Loi et les prophètes, qui elle-même dépend de l'amour. La voie de la justice est donc celle de la foi dans l'amour de Dieu qui produit la vie et même la vie éternelle. Ce principe sera rappelé dans l'Ancien et et le Nouveau Testament  ( Habaquq 1:1-5, 2:1-4 ; Romains 1:15-17 ). Le corolaire de tout cela est que celui qui ne croira pas, mourra.

Dans les grands principes révélés par la vie d'Abraham, la vie et la mort se retrouvent dans Isaac et Lot. Parce que Abraham a suivi L'Eternel, la vie a jailli au travers de son fils Isaac, mais parce que Lot s'en est détourné pour suivre la voie du péché en vivant à Sodome, il mourra.  La justice de l'Eternel va alors se révéler dans la présence d'Abraham.

Genèse 18 : 20  Et l’Eternel dit : Le cri contre Sodome et Gomorrhe s’est accru, et leur péché est énorme. 21  C’est pourquoi je vais descendre, et je verrai s’ils ont agi entièrement selon le bruit venu jusqu’à moi ; et si cela n’est pas, je le saurai. 22  Les hommes s’éloignèrent, et allèrent vers Sodome. Mais Abraham se tint encore en présence de l’Eternel. 23 Abraham s’approcha, et dit : Feras-tu aussi périr le juste avec le méchant ? 24  Peut-être y a-t-il cinquante justes au milieu de la ville : les feras-tu périr aussi, et ne pardonneras-tu pas à la ville à cause des cinquante justes qui sont au milieu d’elle ? 25  Faire mourir le juste avec le méchant, en sorte qu’il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d’agir ! loin de toi ! Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice ? 24  Peut-être y a-t-il cinquante justes au milieu de la ville : les feras-tu périr aussi, et ne pardonneras-tu pas à la ville à cause des cinquante justes qui sont au milieu d’elle ? 25  Faire mourir le juste avec le méchant, en sorte qu’il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d’agir ! loin de toi ! Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice ? 26  Et l’Eternel dit : Si je trouve dans Sodome cinquante justes au milieu de la ville, je pardonnerai à toute la ville, à cause d’eux. 27  Abraham reprit, et dit : Voici, j’ai osé parler au Seigneur, moi qui ne suis que poudre et cendre. 28  Peut-être des cinquante justes en manquera-t-il cinq : pour cinq, détruiras-tu toute la ville ? Et l’Eternel dit : Je ne la détruirai point, si j’y trouve quarante-cinq justes. 29  Abraham continua de lui parler, et dit : Peut-être s’y trouvera-t-il quarante justes. Et l’Eternel dit : Je ne ferai rien, à cause de ces quarante. 30  Abraham dit : Que le Seigneur ne s’irrite point, et je parlerai. Peut-être s’y trouvera-t-il trente justes. Et l’Eternel dit : Je ne ferai rien, si j’y trouve trente justes. 31  Abraham dit : Voici, j’ai osé parler au Seigneur. Peut-être s’y trouvera-t-il vingt justes. Et l’Eternel dit : Je ne la détruirai point, à cause de ces vingt. 32  Abraham dit : Que le Seigneur ne s’irrite point, et je ne parlerai plus que cette fois. Peut-être s’y trouvera-t-il dix justes. Et l’Eternel dit : Je ne la détruirai point, à cause de ces dix justes. 33  L’Eternel s’en alla lorsqu’il eut achevé de parler à Abraham. Et Abraham retourna dans sa demeure.

Dans ce passage c'est la justice qui prime et toute la discussion tourne autour de ce sujet. Pour Abraham l'angoisse l'étreint, non à cause de la ville de Sodome dont il connaît le vice, mais à cause de Lot pour qui il a encore beaucoup d'affection. Abraham va donc tout faire pour sauver son neveu. Mais en face de lui il y a Melchisédek le roi de justice et le Dieu Très Haut sait que c'est pour la postérité d'Abraham qu'Il va devoir agir, pour tous ceux qui croiront en lui dans le monde pour les millénaires qui viennent.  La finalité de l'histoire est de savoir si Dieu considère Lot comme un juste selon Ses principes. Si la ville est détruite, la réponse sera clairement non et Abraham devra sérieusement reconsidérer le caractère affectif qui le lie encore à son neveu. Car un fils de Dieu peut-il encore aimer celui qui aime vivre dans le péché, puisque Sodome en est la caricature parfaite? Cette ville où la licence sexuelle est à son comble, où les actes sexuels contre nature se pratiquent comme un culte et dont les enfants sont parfois brûlés vifs à Baal. Un homme qui se soumet à ces règles et en accepte la gouvernance ne pourra jamais être considéré comme un juste. Melchisédek comme roi de justice outragé va donc juger le roi de Sodome et sa ville.

La Bible déclare que, lorsque des hommes s’arrêtèrent pour rendre visite à Lot « les gens de Sodome, entourèrent la maison […] Ils appelèrent Lot, et lui dirent : Où sont les hommes qui sont entrés chez toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous, pour que nous les connaissions » (Genèse 19 :4-5). [Certaines versions traduisent la fin de ce verset comme suit : « Amène-les-nous pour que nous en abusions. »] La plupart des commentaires bibliques reconnaissent que les hommes de Sodome étaient déterminés à satisfaire leurs désirs homosexuels. Bien que Lot leur répondît : « Mes frères, je vous prie, ne faites pas le mal » (Genèse 19 :7), les hommes de Sodome essayèrent d’abuser sexuellement les messagers envoyés par Dieu (Genèse 19 :1). À cause de ce comportement « méchant et coupable au plus haut point » (Genèse 13 :13), les villes de Sodome et de Gomorrhe furent soudainement et totalement détruites par une intervention divine (Genèse 24-25).

Lot, le "frère" des sodomites, qui donne ses filles aux hommes de la ville et dont la femme regrette les vices en se retournant après sa destruction n'a en définitive été sauvé qu'à cause d'Abraham et non à cause de sa conduite, combien même elle imitera celle d'Abraham quant aux règles d'hospitalité. Jamais la Bible ne dira que Lot fut un juste sauvé d'une ville de péché et par la suite la conduite de ses filles scellera le destin de sa descendance qui formera les nations honnies d'Ammon et Moab. Sophonie 2:9  C’est pourquoi, je suis vivant ! dit l’Eternel des armées, le Dieu d’Israël, Moab sera comme Sodome, et les enfants d’Ammon comme Gomorrhe, Un lieu couvert de ronces, une mine de sel, un désert pour toujours ; Le reste de mon peuple les pillera, Le reste de ma nation les possédera.

Genèse 19 : 27 "Abraham se leva de bon matin, pour aller au lieu où il s’était tenu en présence de l’Eternel. 28  Il porta ses regards du côté de Sodome et de Gomorrhe, et sur tout le territoire de la plaine ; et voici, il vit s’élever de la terre une fumée, comme la fumée d’une fournaise… 20 : 1 Abraham parti de là pour la contrée du midi ; il s’établit entre Kadès et Schur, et fit un séjour à Guérar." L'angoisse d'Abraham pour Lot est traduite dans sa précipitation à connaître le sort de Sodome dès les premières lueurs de l'aube. La nuit d'attente dut être longue et certainement il espérait le retour de son neveu dans sa maison, mais quand il vit la fumée s'élever de la ville, il comprit que le drame dans sa famille était consommé. Pour lui, Lot était mort et le dernier lien avec sa famille s'élevait dans la fumée de Sodome. Dieu n'avait pas trouvé les justes qui sauveraient la ville et plus rien ne le retenait en ces lieux douloureux de souvenirs qu'il quittera pour oublier Lot dans le désert de Schur. Une page de la vie d'Abraham se tourne et désormais son avenir sera lié au fils d'une promesse de l'Eternel.

lundi 5 septembre 2016

Pâques ou Pâque ? (partie 10)

Le chapitre 16 est le chapitre des compromissions humaines. Dieu avait promis à Abram qu’il ne le laisserait pas sans héritier et lui donnerait un fils. Au départ, Abram crut que cet héritier serait Eliézer le fils de sa servante et Dieu va rectifier cela: Genèse 15 : 4 « non, dit le Seigneur ce n’est pas Eliézer qui sera ton héritier mais un fils né de toi»; cependant le Seigneur ne lui avait pas expressément dit à ce moment-là que c’était au travers de Sara qu’il lui donnerait cet héritier ; Il ne le fait que plus tard (chapitre 21 : 12). Or en ce temps-là suivant la coutume en Mésopotamie, pays d’origine d’Abraham, il n’était pas rare qu’en cas de stérilité on fasse appel à une sorte de mère porteuse comme on les appellerait aujourd’hui. C’est pourquoi Saraï propose à son mari de coucher avec son esclave Agar afin d’avoir un fils. L'enfant qui naîtrait serait alors la propriété de Saraï et pourrait si elle le voulait être reconnu comme son fils par adoption. Il est clair que le couple mésopotamien cherche des solutions à leur problème de stérilité qui soient en adéquation avec les paroles de Dieu. Le problème dans cette situation est le facteur humain. Agar s'enorgueillit de sa grossesse et méprise sa maîtresse, oubliant un peu vite qu'elle reste une esclave. L'orgueil et le mépris seront les raisons du rejet d'Agar, puis de son fils Ismaël plus tard. Agar qui signifie "fuite", porte le nom biblique qui définira l'aspect fort de son identité, comme c’est assez souvent le cas des personnages bibliques. C'est donc comme une fugitive qu'elle restera inscrite dans la Parole de Dieu et qu'elle sortira de la maison d'Abram. Sa descendance ne s'inscrira pas dans les bénédictions d'Abram, mais dans celles  définies exclusivement par Dieu en Genèse 16 : 12  "Ismaël sera comme un âne sauvage ; sa main sera contre tous, et la main de tous sera contre lui ; et il habitera en face de tous ses frères." La fuite de la maison d'Abram équivaut à fuir la bénédiction qui repose sur cette maison. Aucune alliance ne sera scellée entre Dieu et Ismaël, ce qui signifie que les nations arabo-musulmanes qui descendent d'Ismaël, auront un chemin spirituel et religieux radicalement différent, qui ne s'inscrira jamais dans le cadre de l'Alliance divine.

Genèse 17 : Ton nom sera Abraham

Genèse 17 : 1 Lorsque Abram fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l’Eternel apparut à Abram, et lui dit : Je suis le Dieu tout-puissant. Marche devant ma face, et sois intègre. 2  J’établirai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai à l’infini. 3  Abram tomba sur sa face ; et Dieu lui parla, en disant: 4 Voici mon alliance, que je fais avec toi. Tu deviendras père d’une multitude de nations. 5  On ne t’appellera plus Abram ; mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d’une multitude de nations. 6  Je te rendrai fécond à l’infini, je ferai de toi des nations ; et des rois sortiront de toi.

On se rappelle que le nom d'Abram le Mésopotamien d'Ur était un nom théophore lié au dieu Lune. Par son nom on témoignait donc de la croyance à laquelle sa maison était attachée. Par ce biais on pouvait retracer l'origine, le pays et même parfois la ville d'où l'on venait, car les noms de certains dieux étaient spécifiques à certaines villes. Les autochtones de Canaan pouvaient donc légitimement appeler le patriarche, Abram d'Ur. Ce qui était également un moyen de lui rappeler qu'il n'avait aucun droit dans le pays et qu'il n'était que l'étranger toléré. En changeant le nom d'Abram en Abraham, Dieu va provoquer une véritable scission avec son passé et poser les bases nouvelles qui définiront l'avenir de sa maison.

Comme Abram (père élevé) était un nom théophore, la logique voudrait que celui d'Abraham (père d'une multitude) le soit aussi. Selon ce principe, Abraham porte donc le nom de son nouveau Dieu et proclame au monde entier au travers de sa personne, qu'il n'y a qu'un seul Dieu pour toutes les nations, car dans la composante du nom, multitude se réfère aux nations. D'Abram d'Ur on passe donc à Abraham fils de Dieu, Père et créateur de toutes les nations. C'est le principe du monothéisme qui est instauré et scellé définitivement par une alliance très spécifique, celle du Nom.

A travers Abraham, Dieu définit un modèle universel, une démarche spirituelle qui doit interpeller tous les croyants. C'est une voie qui peut être suivie par tous, si on veut être appelé un jour par le Père céleste, Mon fils. On peut la résumer simplement en trois étapes: premièrement, quitte ton pays et ta famille et suis-moi. Secondement, établis une alliance avec Moi. Troisièmement, porte Mon nom. Les œuvres d'Abraham, bibliquement parlant, se résument à ça et concernent tous les hommes, de toutes les nations, sans exception. Ainsi, aujourd'hui, que vous soyez chinois, français ou israélien, la démarche reste la même. Ainsi ce n'est pas le principe d'une alliance faite avec un peuple isolé qui est établi avec Abraham, mais avec le monde entier. Le peuple juif n'est donc pas l'héritier exclusif de cette alliance, mais uniquement d'une terre, comme on le verra dans le passage qui suit.

Son nom sera Sarah

Genèse 17 : 8  Je te donnerai, et à tes descendants après toi, le pays que tu habites comme étranger, tout le pays de Canaan, en possession perpétuelle, et je serai leur Dieu. 9  Dieu dit à Abraham : Toi, tu garderas mon alliance, toi et tes descendants après toi, selon leurs générations. 10  C’est ici mon alliance, que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi : tout mâle parmi vous sera circoncis. 11  Vous vous circoncirez ; et ce sera un signe d’alliance entre moi et vous. 12  A l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, selon vos générations, qu’il soit né dans la maison, ou qu’il soit acquis à prix d’argent de tout fils d’étranger, sans appartenir à ta race. 13  On devra circoncire celui qui est né dans la maison et celui qui est acquis à prix d’argent ; et mon alliance sera dans votre chair une alliance perpétuelle. 14  Un mâle incirconcis, qui n’aura pas été circoncis dans sa chair, sera exterminé du milieu de son peuple : il aura violé mon alliance. 15 Dieu dit à Abraham : Tu ne donneras plus à Saraï, ta femme, le nom de Saraï ; mais son nom sera Sara. 16  Je la bénirai, et je te donnerai d’elle un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; des rois de peuples sortiront d’elle.

Dieu clarifie les choses. Dans l'alliance principale qui couvre l'humanité entière, en sera établie une seconde, exclusivement réservée à la descendance par le sang d'Abraham. Cette alliance par le sang, sera scellée par le sang de la circoncision, symbole par excellence de la transmission par lignage. Il y a donc deux choses séparées qui se développent dans l'alliance abrahamique: l'alliance par la foi et celle par le sang. Quand les deux sont réunis, alors le peuple juif est exalté au sein des nations, quand sa foi se détourne de Dieu, alors de facto, l'alliance principale est rompue et celle par le sang perd tout sens, puisque c'est avec Dieu que cette alliance est conclue. Pour un juif les choses sont simples à comprendre, s'il suit Dieu, alors la promesse d'une terre et d'un pays est acquise. Dans le cas contraire, il perd sa terre et son pays. Si malgré cela il persiste à se circoncire, alors que l'alliance est rompue et qu'il a perdu sa terre, la bénédiction se transforme en malédiction, car le juif outrage alors l'Eternel. Car se circoncire tout en ignorant ou s'opposant à Dieu, revient à offenser l'Eternel. Il suffit de lire l'histoire du peuple juif au travers de la Bible pour s'en convaincre, car ce fait est établi, c'est donc factuel et non conceptuel.

Le principe de l'octroi d'une terre liée à une alliance avec Dieu, va conduire au fil du temps à une dangereuse dérive conceptuelle. La notion de Terre promise ou Sainte, occupe une place centrale dans la pensée juive. Dans la Bible, en effet, Dieu destine la « terre de Canaan » aux fils de Jacob, dans la lignée d’Abraham. Cependant, si cette terre a un statut particulier et une forme de « sainteté », c'est uniquement de par le rapport qu’elle entretient avec Dieu, comme le souligne Deutéronome 11,11-12 : « Le pays dans lequel vous entrez pour en prendre possession est […] un pays dont l’Éternel, ton Dieu, prend soin [litt. : scrute, sonde], et sur lequel l’Éternel, ton Dieu, a continuellement les yeux, du commencement à la fin de l’année. » Selon ce passage, le pays devient moins celui de la promesse que celui de l'épreuve. Car dans ce pays, continuellement Dieu sonde son peuple afin de savoir s'il respecte Son alliance. Ce passage mal interprété du Deutéronome contient comme le germe de la vision essentialiste et mystique de la terre d’Israël qui se développera par la suite dans certains courants du judaïsme, en particulier au Moyen Âge. C’est pourquoi certaines sources rabbiniques établiront par la suite un rapport d’analogie entre la terre choisie et élue par Dieu entre toutes, et le peuple choisi et élu par Dieu entre tous. Comme si le fait d'être circoncis et habiter le pays assurait une sorte de blanc-seing divin et le salut de manière quasi automatique. Lourde erreur, c'est justement le contraire, car elle oblige le juif à l'excellence dans le respect de l'Alliance. Car c'est au travers du peuple juif que c'est écrit la Bible, le Verbe de Dieu. La terre d'Israël n'étant qu'une page du livre et le sang de l'alliance par la circoncision l'encre du texte biblique. La sainteté du texte étant établie par l'Alliance principale qui couvre le monde entier. Car on ne fait pas alliance avec une terre, mais directement avec Dieu.

Afin de bien faire comprendre que l'ancienne vie d'Abram appartient au passé, le nom théophore de Saraï va également être changé. Le nom qui renvoyait à la déesse Ningal, parèdre du dieu Lune, disparaît au profit d'un nom nouveau qui renvoie directement à Dieu. En changeant les noms, Dieu fait une chose nouvelle, comme s'Il fabriquait un nouveau couple. A Abram il ajoute un Hé après le Rech (אַבְרָהָם) et à Saraï il supprime le Yod pour lui substituer un autre Hé (שרה). Les deux personnages clé de l'Ancien Testament , une fois leur « conversion » opérée, se voient pourvus d’un Hé qui marque la présence du souffle divin du Tétragramme dans leur nom. C'est comme si cette nouvelle lettre dans le nom représentait le diminutif du Nom, une sorte de sceau divin qui marque la personne. C'est le retour du souffle divin dans l'homme, comme une nouvelle création, une nouvelle Genèse. La lettre hé exprime l’apparition des choses dans le monde. Comme il est écrit, « Voici les engendrements du ciel et de la terre lorsqu’ils furent créés. (Bé hi baram) בּהבּראם». Génese 2 : 4. La tradition juive enseigne : « Ne lis pas, lorsqu’ils furent créés (Bé hi baram), mais, avec le hé ils furent créés (Bé hé Baram). » Comme des nouveaux Adam et Eve, le couple Abraham et Sarah redevient l'image physique du Dieu très haut.

Dans son principe, Dieu "fait" Abraham et Sarah, non en les tirant de la poussière du sol comme Adam, mais en façonnant leur esprit pour en faire des enfants de Dieu. A cause de leur comportement dans le passé, les fils de Dieu ont perdu leur relation avec Dieu et l'Esprit Saint c'est retiré d'eux : "Mon esprit ne restera pas à toujours dans l’homme, car l’homme n’est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans." Genèse 6 : 3. L'union étant brisée, Dieu va la reconstituer au travers d'une nouvelle Alliance avec Abraham par touches successives. Une fois l'œuvre divine achevée, Abraham et Sarah se  retrouvent dans la condition initiale d'Adam et Eve, donc de l'ish et de l'isha, l'homme et la femme qui vivent en Dieu. En recomposant les mots ish et isha, on peut former le « Feu de Yah », qui nous renvoie au principe créateur. Le premier mot de la Bible est “ BERESHIT ”, au commencement, dont la racine est ESCH (feu). Le feu est donc consubstantiel du  premier mot de la Bible “ BERESHIT ”, si l’on retire ce mot, il reste BRIT, l’Alliance – Donc BERESHIT בראשית = Alliance de Feu, brit esh אש  ברית. L'Alliance avec Abraham peut donc être considérée comme un nouveau développement du Bereshit, un temps nouveau, dans un nouveau commencement.

Si on aborde le changement de nom sous l'angle d'un nouveau Bereshit, il faut alors considérer Abraham et Sarah comme la nouvelle image de Dieu sur Terre, exactement comme le furent Adam et Eve avant eux. C'est donc implicitement le nom de Dieu qu'ils portent et non un qualificatif distinctif de leur personne. Abraham, "père d'une multitude" et Sarah la "princesse", deviennent les noms par procuration de Dieu Lui-même, celui de l'Epoux et de l'Epouse. La semence d'Abraham avec le Hé divin, est donc celle qui est portée par la foi qui permet à Dieu d'avoir une Epouse dans la multitude. Abraham et Sarah sont des archétypes du divin, une forme symbolique de l'œuvre de Dieu exprimée dans la chair. Dans ces symboles Dieu est révélé en tant que Père au travers d'Abraham et Sarah comme son épouse représente le peuple qui marche fidèlement à ses côtés. L'Alliance étant désormais établie dans le Noms le fils peut alors également être révélé.

Son nom sera Isaac


Genèse 17 : 17  Abraham tomba sur sa face ; il rit, et dit en son cœur : Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans ? Et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle ? 18  Et Abraham dit à Dieu : Oh ! qu’Ismaël vive devant ta face ! 19  Dieu dit : Certainement Sara, ta femme, t’enfantera un fils ; et tu l’appelleras du nom d’Isaac. J’établirai mon alliance avec lui comme une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui.

Isaac, « yitsh'aq » qui signifie « il rira » au futur, renvoie au doute d'Abraham, de Sarah et de quiconque apprendra l'origine de sa naissance. "5  Abraham était âgé de cent ans, à la naissance d’Isaac, son fils. 6  Et Sara dit : Dieu m’a fait un sujet de rire ; quiconque l’apprendra rira de moi. 7  Elle ajouta : Qui aurait dit à Abraham: Sara allaitera des enfants ? Cependant je lui ai enfanté un fils dans sa vieillesse." Genèse 21. Il ne s'agit en rien d'un sourire retrouvé après des années d'amertume, comme l'interprète certain. Ce sourire est celui des moqueurs qui doutent de la parole divine. Abraham présenté comme le père de la foi est donc également celui qui engendre le doute. Abraham et Sarah ne réagissent pas comme Marie la mère de Jésus. Luc 1 : 26 Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, 27  auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. 28  L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi. 29  Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation. 30  L’ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. 31  Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. 32  Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. 33  Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura point de fin. 34  Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? 35  L’ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. 36  Voici, Elisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. 37  Car rien n’est impossible à Dieu. 38  Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ! Et l’ange la quitta.

Ceux qui sont né de la chair et même s'ils sont circoncis dans la chair, vivent dans le doute quant à la promesse faite par Dieu d'un fils issu de Sa parole. Le nom d'Yitsh'aq fait référence au contexte de la naissance du fils d'Abraham. Il avait pour but de renvoyer les moqueurs  aux moqueries que l’enfant allaient subir. Isaac est le fils du "vieux et de la vieille", sont des paroles à forte connotation péjoratives qui claquent avec moquerie. Les parents n'y ont pas cru et quiconque entendra dire que cet enfant est la promesse d'un dieu, en rira d'autant plus. Il s'agit là d'une caractéristique flagrante des enfants de Dieu, celle de douter de la parole de Dieu quand on se réfère au fils de Sa promesse. Plus tard, quand Dieu annoncera la venue du Messie avec le prophète Esaïe, le chapitre 53 commencera par le doute: Esaïe 53 : Qui a cru à ce qui nous était annoncé ? Qui a reconnu le bras de l’Eternel ? 2  Il s’est élevé devant lui comme une faible plante, Comme un rejeton qui sort d’une terre desséchée ; Il n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, Et son aspect n’avait rien pour nous plaire. 3  Méprisé et abandonné des hommes, Homme de douleur et habitué à la souffrance, Semblable à celui dont on détourne le visage, Nous l’avons dédaigné, nous n’avons fait de lui aucun cas.

Aujourd'hui encore les juifs se moquent des chrétiens quand ils font référence à ce passage par rapport à Jésus, démontrant oh combien ils sont bien les fils d'Abraham et de Sarah. C'est une constante qui ne les lâchera jamais, le doute quant au fils de la promesse. Quand le Messie enfin vint physiquement, voici quelles furent ses paroles: Marc 10 : 32 Ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem, et Jésus allait devant eux. Les disciples étaient troublés, et le suivaient avec crainte. Et Jésus prit de nouveau les douze auprès de lui, et commença à leur dire ce qui devait lui arriver:33  Voici, nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes. Ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux païens, 34  qui se moqueront de lui, cracheront sur lui, le battront de verges, et le feront mourir ; et, trois jours après, il ressuscitera.

Plus tard, quand les apôtres iront de synagogues en synagogues pour annoncer la bonne nouvelle de l'Evangile, la plupart des juifs se moqueront d'eux et les chasseront. Seul un petit nombre de juifs suivront les apôtres. L'Evangile progressivement alors, sortira du contexte purement judaïque pour se tourner vers les Grecs qui crurent en Jésus. Eux ne riront pas de Jésus comme étant le Messie et par la foi ils deviendront des enfants légitimes, des fils de Dieu comme l'était devenu avant eux Abraham. Dans ce sens ils sont les enfants d'Abraham par la foi qui ont remplacé les enfants de Sarah circoncis dans la chair. Car la promesse de Dieu ne concerne que ceux qui y croient. Ainsi, tout homme qui croit dans le fils de la promesse, fait partie de la multitude ayant Dieu pour Père et sera appelé un jour à régner à ses côtés comme Son Epouse légitime, comme une princesse. Tout est dans le nom…

dimanche 14 août 2016

Pâques ou Pâque ? (partie 9)

Le chapitre 15 marque une nouvelle étape dans la vie d'Abram. Après avoir quitté la maison de son père à Charan, puis s'être séparé de Lot, Abram à fait la démonstration de son attachement à Dieu. Abram en Canaan n'est plus le fils de telle ou telle maison et n'a lui-même pas de fils. Il est un patriarche sans semence issue de son sang, mais tenant d'une promesse faite par un Dieu qui lui a promis une descendance nombreuse. Après sa rencontre avec Melchisédek, il sait que Dieu marche avec lui, qu'Il le bénit et le protège.

Cependant Abram n'est pas seul et s'est même constitué une maison, dans le sens d'une famille spirituelle. En Genèse 14 : 14 on lit: "Dès qu’Abram eut appris que son parent avait été fait prisonnier, il arma trois cent dix-huit de ses plus braves serviteurs, nés dans sa maison". Les serviteurs nés dans sa maison peuvent être traduits par: "partisans fils de sa maison". Partisans dont les synonymes peuvent être les adeptes d'une doctrine ou des disciples. Autrement dit, Abram est reconnu comme le patriarche d'une communauté de 318 individus partageants les mêmes valeurs que lui. Le principe est particulièrement souligné dans le chapitre 15.

1 La parole de l’Eternel fut adressée à Abram dans une vision, et il dit : Abram, ne crains point ; je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande. 2 Abram répondit : Seigneur Eternel, que me donneras-tu ? Je m’en vais sans enfants ; et l’héritier de ma maison, c’est Eliézer de Damas. Genèse 15. "Eliy`ezer" = "Dieu est un secours". La correspondance entre "Je suis ton bouclier" et "Dieu est un secours" est évidente, soulignant par-là que les fils de la maison d'Abram sont également des gens qui ont reconnu le Dieu d'Abram comme leur dieu et même qu'il porte Son nom. Car il était extrêmement commun à cette époque de porter le nom du dieu auquel on croit, adjoint d'un de ses qualificatifs. Une petite communauté de croyants dans le Dieu Très-Haut c'est donc formée autour d'Abram.

Outre Eliézer, on sait que ceux qui l'accompagnèrent pour récupérer Lot sont tous reconnus comme des fils de sa maison, soit Mamré l’Amoréen propriétaire de la forêt de chênes où réside Abram, son frère d’Eschcol et son frère d’Aner, qui avaient fait alliance avec Abram et marché avec lui. Dans Gen 14:13 il est écrit que les trois frères sont des "chefs" ou des maîtres de maison qui firent alliance avec Abram. Il faut donc bien comprendre que ces hommes n'étaient pas à son service, mais vivaient dans sa proximité et au fil du temps et des discutions ils sont certainement devenus des adeptes du Dieu d'Abram et même des proches assimilés à des enfants spirituels. Leurs noms sont restés inscrits dans la Bible et même ils sont présents aux côtés de Melchisédek. Cette fratrie a reconnu en Abram un père spirituel, un patriarche. Ainsi la Bible souligne dans les chapitres 14 et 15 d'une manière fracassante contre les dogmes du judaïsme, que la filiation par Abraham ne relève pas uniquement du sang, mais bien de la foi qui justifie le croyant. Isaac ne devient dans ce contexte que le point d'orgue d'une filiation qui va prendre une dimension spirituelle bien plus grande que juste celle issue du sang. Mais nous verrons cela plus tard.

La justification par la foi est la grande œuvre de l'Eternel et c'est ce qui encore une fois souligné dans les versets qui suivent: " 4  Alors la parole de l’Eternel lui fut adressée ainsi : Ce n’est pas lui (Eliézer) qui sera ton héritier, mais c’est celui qui sortira de tes entrailles qui sera ton héritier. 5  Et après l’avoir conduit dehors, il dit : Regarde vers le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter. Et il lui dit : Telle sera ta postérité. 6  Abram eut confiance en l’Eternel, qui le lui imputa à justice." Genèse 15. Abram a foi en Dieu et pour cela le Dieu de justice, Celui qui juge entre le bien et le mal, entre la semence de Dieu et de Satan, reconnaît en Abram un juste. Abram est donc bien justifié par sa foi et absolument rien d'autre, sa descendance directe par Adam et Noé n'y est pour rien du tout. La voie du sang n'est donc d'aucune utilité pour entrer dans le Royaume des cieux et y rejoindre son Roi de justice.

La suite de l'histoire, concernant l'alliance qui va être scellée entre l'Eternel et Abram, doit être expliquée pour en comprendre les tenants et aboutissements. Ce passage de la Genèse nous raconte l'Alliance entre Dieu et Abraham, en se servant d'un rite très primitif. Pour manifester que l'alliance était scellée entre eux, les deux contractants d'une alliance préparaient un sacrifice et, partageant les animaux offerts en sacrifice en deux moitiés, les parties contractantes passaient ensemble entre les moitiés des animaux partagés. Les deux parties de l'animal représentaient les deux parties contractantes, engagées par un seul sang. C'est une autre manière de dire: "à la vie, à la mort". C'est également la plus haute manière de sceller un pacte, car c'est un dieu qui en est le témoin et le garant. Car après le passage entre les parties découpées, l'animal était consumé par le feu comme un holocauste. Si une des parties contractantes violait l'alliance ainsi scellée, on considérait qu'elle devait finir comme le cadavre de l'animal sacrifié. C'est le sens qui est donné en Jérémie 34 : 18  Je livrerai les hommes qui ont violé mon alliance, qui n’ont pas observé les conditions du pacte qu’ils avaient fait devant moi, en coupant un veau en deux et en passant entre ses morceaux ; 19  je livrerai les chefs de Juda et les chefs de Jérusalem, les eunuques, les sacrificateurs, et tout le peuple du pays, qui ont passé entre les morceaux du veau ; 20  je les livrerai entre les mains de leurs ennemis, entre les mains de ceux qui en veulent à leur vie, et leurs cadavres serviront de pâture aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre.
Genèse 15 : 7 L’Eternel lui dit encore : Je suis l’Eternel, qui t’ai fait sortir d’Ur en Chaldée, pour te donner en possession ce pays. 8  Abram répondit : Seigneur Eternel, à quoi connaîtrai-je que je le posséderai ? 9  Et l’Eternel lui dit : prends une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. 10  Abram prit tous ces animaux, les coupa par le milieu, et mit chaque morceau l’un vis-à-vis de l’autre ; mais il ne partagea point les oiseaux. 11  Les oiseaux de proie s’abattirent sur les cadavres ; et Abram les chassa. 12 Au coucher du soleil, un profond sommeil tomba sur Abram ; et voici, une frayeur et une grande obscurité vinrent l’assaillir.

L'Alliance qui est en passe d'être scellée ici, est relative à la possession du pays et rien d'autre. Abram prépare les animaux en les coupant en deux et attend… Les heures passent et rien ni personne n'arrive, si ce n'est des vautours attirés par l'odeur des cadavres qui se décomposent au soleil. Pour Abram le spectacle est consternant. Outre les mouches et l'odeur qui l'incommodent, il passe sa journée à chasser les vautours. Au crépuscule la lassitude et le doute le gagne. Quand vient la nuit, une grande crainte et doute l'assaillent, "et si l'Eternel ne venait pas?" Abram est d'une humeur noire, car il sait que s'il reste seul entre les deux parties du sacrifice, que celui-ci est sans valeur. C'est même pire que cela, car on peut l'interpréter comme un rejet, comme un refus d'alliance. "Reste au milieu de tes charognes Abram, tu ne vaux pas mieux qu'elles, nomade tu es et tu resteras!"

Mais quand vient la nuit, nous entrons dans un nouveau temps, un nouveau jour selon le modèle hébraïque. Alors qu'il fait nuit noire, peu à peu les étoiles et la Lune disparaissent voilées par une fumée qui s'épaissit. Au milieu de ses charognes nauséabondes, Abram terrorisé perçoit une forte odeur de brûlé, comme celle d'un four chauffé à blanc. A tâtons il recule entre les parties découpées par lui pendant la journée, car il sent après l'odeur de brûlé une chaleur intense qui se rapproche. Enfin il perçoit dans le noir une lueur rougeoyante comme une colonne de feu qui passe entre les animaux partagés, consumant tout et réduisant en cendres toutes les carcasses. Même le sol en reste totalement calciné. L'odeur de charogne a disparu, il ne reste plus que celle de la cendre. L'Alliance pour l'octroi de la terre de Canaan vient d'être scellée entre Dieu et Abram. Genèse 15 : 18  En ce jour-là, l’Eternel fit alliance avec Abram, et dit : Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d’Egypte jusqu’au grand fleuve, au fleuve d’Euphrate, 19  le pays des Kéniens, des Keniziens, des Kadmoniens, 20  des Héthiens, des Phéréziens, des Rephaïm, 21  des Amoréens, des Cananéens, des Guirgasiens et des Jébusiens.

La postérité d'Abraham

Une question fondamentale se pose à partir du chapitre 15: qui peut se prévaloir de la postérité d'Abram? Car à ce stade de l'histoire, Abram porte toujours encore le nom de son dieu mésopotamien et réside dans un pays où il se reconnaît lui-même comme un étranger. Les seuls "fils de sa maison" sont des partisans de son Dieu et un fils lié à une promesse divine. "Le fils de la promesse" devra hériter seul des biens d'Abraham, mais pas seulement, il héritera également de la promesse de Dieu. La promesse divine pourrait être traduite par donner sa parole et ainsi on comprend que la "promesse" est la Parole de Dieu. La Parole de Dieu dans ce contexte devient un acte d'engendrement de la chair. Le "fils de la promesse" est donc également l'expression de la "Parole faite chair", ce qui est l'expression vraie du fils d'Abram qui devient de facto le fils de Dieu. A partir de là, le nom d'Abram va devoir changer, car il est impossible dans ce contexte que la filiation d'Isaac puisse être liée au nom d'une divinité païenne mésopotamienne. Il ne faut pas être expert en science biblique pour se rendre compte immédiatement que les personnages historiques de la Genèse prennent une dimension spirituelle qui dépasse largement le cadre de leur vie terrestre. En fait, Dieu va utiliser les patriarches bibliques comme des outils pédagogiques expliquant ce que Dieu veut de l'homme et surtout comment Son plan de salut va s'accomplir dans l'humanité. Tout ce que l'on voit alors sur Terre n'étant que le reflet de ce qui se passe dans le Ciel.

Abram est la focale par laquelle se projette la vision divine. Par sa vie il devient le modèle, l'archétype parfait du croyant. Le moule dans lequel tout croyant doit se couler pour devenir un fils de Dieu. A ce stade le message qui transparaît dans la vie du patriarche est celui-ci: "va, quitte ton pays et ta famille pour entrer dans le royaume de Ma promesse."  Ce message divin est toujours d'actualité et va résonner dans le temps jusqu'aux derniers jours: Apocalypse 18 : 4  Et j’entendis du ciel une autre voix qui disait : Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin que vous ne participiez point à ses péchés, et que vous n’ayez point de part à ses fléaux.

Ignorer l'aspect spirituel du message divin qui transparaît au travers de la vie D'Abram est le grand tort et la tragédie de tout le peuple juif. L’herméneutique talmudique qui tente de décrypter la Torah et la vie des patriarches bibliques par des raisonnements terrestres, passe complètement à côté du sujet et fabrique des fils de la connaissance du bien et du mal, au lieu d'engendrer des fils de Dieu. Il faut bien convenir que le « raisonnement » talmudique présente des caractéristiques bien singulières en ses questionnements, en ses énonciations et en ses déconstructions, sous lesquels la solution semble impossible à trouver. On peut y voir un débat intergénérationnel, une gymnastique de l’esprit, une élaboration du désaccord qui laisse le débat même inachevé et qui nous laisse perplexes. Dans l’univers talmudique, la question détient plus d’importance que la réponse, le « goût d’inaccompli » amène le lecteur, « encore et toujours » à chercher davantage, sans jamais réellement trouver. Le Talmud est bien alors une littérature qui « assoiffe sans jamais abreuver ».

Avec les "Sages", qui donnèrent naissance au judaïsme rabbinique, la sagesse va devenir une folie, car les deux traditions écrites et orales sont considérées chez les juifs comme émanant d’une seule et unique révélation, toutes deux révélées sur le mont Sinaï. Les "Sages" vont accorder à la loi orale une plus grande autorité que la loi écrite, « Dieu n’avait plus de place là où l’homme suggérait son interprétation ». Seule l’interprétation des "Sages" sera alors valable car elle provient des Cieux au travers de la Bible et se révèle comme une lecture rétrospective de l’Écriture, qui confère sens à la loi divine et qui rend la révélation atemporelle… à venir. Cependant, les commentaires et les questionnements ne sont jamais finis, mais cherchent dans un temps futur une réponse qui doit venir dans la personne du Mashiah. Or la réponse divine est déjà écrite dans le temps et appartient désormais au passé, car le Messie est venu dans la personne de Jésus. Le Talmud dans ce sens devient de facto un texte antéchrist qui loin de faire des juifs des fils d'Abram en fait des enfants du diable. C'est ce que souligne particulièrement le Messie Lui-même.

Postérité d‘Abraham, son serviteur, enfants de Jacob, ses élus ! Psaumes 105 : 6. Les israélites se considéraient comme étant cette postérité, ce que Jésus ne nia pas. Par contre Jésus leur dira que ce qu'ils faisaient n'était pas conforme aux œuvres d'Abraham. En d'autres termes, il leur disait que leurs œuvres et leurs agissements anéantissaient le droit de se réclamer de cette postérité.

Jean 8 : 30 Comme Jésus parlait ainsi, plusieurs crurent en lui. 31 Et il dit aux Juifs qui avaient cru en lui : Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; 32 vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. 33 Ils lui répondirent : Nous sommes la postérité d’Abraham, et nous ne fûmes jamais esclaves de personne ; comment dis–tu : Vous deviendrez libres ? 34 En vérité, en vérité, je vous le dis, leur répliqua Jésus, quiconque se livre au péché est esclave du péché. 35 Or, l’esclave ne demeure pas toujours dans la maison ; le fils y demeure toujours. 36 Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres. 37 Je sais que vous êtes la postérité d’Abraham ; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne pénètre pas en vous. 38 Je dis ce que j’ai vu chez mon Père ; et vous, vous faites ce que vous avez entendu de la part de votre père. 39 Ils lui répondirent : Notre père, c’est Abraham. Jésus leur dit : Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham. 40 Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu. Cela, Abraham ne l’a point fait. 41 Vous faites les œuvres de votre père. Ils lui dirent : Nous ne sommes pas des enfants illégitimes ; nous avons un seul Père, Dieu. 42 Jésus leur dit : Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de moi–même, mais c’est lui qui m’a envoyé. 43 Pourquoi ne comprenez–vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez écouter ma parole. 44  Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge. 45  Et moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas. 46 Qui de vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? 47  Celui qui est de Dieu, écoute les paroles de Dieu ; vous n’écoutez pas, parce que vous n’êtes pas de Dieu… 51 En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. 52  Maintenant, lui dirent les Juifs, nous connaissons que tu as un démon. Abraham est mort, les prophètes aussi, et tu dis : Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. 53  Es-tu plus grand que notre père Abraham, qui est mort ? Les prophètes aussi sont morts. Qui prétends-tu être ? 54  Jésus répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien. C’est mon Père qui me glorifie, lui que vous dites être votre Dieu, 55  et que vous ne connaissez pas. Pour moi, je le connais ; et, si je disais que je ne le connais pas, je serais semblable à vous, un menteur. Mais je le connais, et je garde sa parole. 56  Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour : il l’a vu, et il s’est réjoui. 57  Les Juifs lui dirent : Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham ! 58  Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, je suis. 59  Là-dessus, ils prirent des pierres pour les jeter contre lui ; mais Jésus se cacha, et il sortit du temple.

Dans ce passage Jésus dit clairement qu'il est l'expression physique de la Parole de Dieu, il est la Parole faite chair, donc qu'il est Dieu. "Avant qu’Abraham fût, je suis (יהוה)". Proclamé dans le temple de Jérusalem ces mots prennent un sens très particulier, c'est le moins que l'on puisse dire. Or c'est sur l'unique base de ces paroles du Messie que peut se définir qui est réellement fils d'Abraham. C'est également ce qu'écrit l'apôtre Paul: "Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d‘Abraham, héritiers selon la promesse". Galates 3 : 29. Cette déclaration importante de Paul aux Galates est importante : faut-il encore comprendre pourquoi il rattache notre appartenance à Christ à celle de la postérité d'Abraham. Le mot grec traduit par  « postérité » en français est « sperma » semence, enfants, descendance, race. Il y a ici un principe actif de la foi dans cette lignée de croyants. Car c'est cette semence, c'est-à-dire la graine, qui a le pouvoir de faire germer un plant. Il y a dans cette postérité les germes d’une nouvelle race de croyants qui se perpétue par Christ Lui-même qui est le germe de Dieu. Semence de Dieu annoncée par les prophètes.

Esaïe 61:11 Car, comme la terre fait éclore son germe, et comme un jardin fait pousser ses semences, ainsi le Seigneur, l’Eternel, fera germer le salut et la louange, en présence de toutes les nations.
Jérémie 23:5 Voici, les jours viennent, dit l’Eternel, où je susciterai à David un germe juste ; Il régnera en roi et prospérera, Il pratiquera la justice et l’équité dans le pays.
Zacharie 3:8 Ecoute donc, Josué, souverain sacrificateur, toi et tes compagnons qui sont assis devant toi ! car ce sont des hommes qui serviront de signes. Voici, je ferai venir mon serviteur, le germe.
Zacharie 6:12 Tu lui diras : Ainsi parle l’Eternel des armées : Voici, un homme, dont le nom est germe, germera dans son lieu, et bâtira le temple de l’Eternel.

La postérité d'Abraham aux yeux de Dieu n'est pas le produit exclusif issu de ses reins, mais également de sa foi. La semence d'Abraham se reconnaît dans ce qu'elle possède en elle la vie, la vie éternelle. Implicitement le livre de la Genèse dévoile le contour de l'héritier légitime : Il sera fils d'une promesse, de la Parole de Dieu et même un objet de sacrifice. Le fils qui absorbera dans son intégralité toutes ces composantes sans restriction, celui seul héritera du pays et portera en lui l'héritage de son père.

samedi 30 juillet 2016

Pâques ou Pâque ? (partie 8)

Les circonstances vont conduire Abram en Égypte où il va prendre la mesure de la présence de ce dieu nouveau qu'il honore désormais. Quand Abram entre en Egypte il craint pour sa vie à cause de la beauté de Sarah. Sa foi en Dieu est encore très mince et il faudra l'intervention divine directe pour le convaincre de l'existence réelle de ce dieu qu'il connaît à peine. A cause de sa très belle femme que pharaon convoite, toute la maison de pharaon est alors maudite. Abram prend conscience peu à peu de la puissance de ce Dieu qui surpasse celle des dieux égyptiens et du pharaon Amenemhat Ier qui régnait à cette époque-là. Amenemhat Ier, comme Sargon d'Akkad, était un usurpateur qui succède au pharaon de la dynastie précédente et fondera sa propre dynastie, la XIIe. Il régna de -1991 à -1962.

Amenemhat Ier termine la réunification des "Deux Terres" en luttant contre les derniers prétendants de la XIe dynastie. Il élimine un ultime concurrent au trône, Ségerséni, qui s'était fait reconnaître dans l'extrême Sud du pays et dans quelques villes de Nubie contrôlées jadis par l'Égypte. Il met fin aux troubles politiques et prend Itchaouy (Licht) "Celui qui saisit les Deux Terres" comme capitale, délaissant Thèbes. Ce pharaon ramène la paix dans une Égypte réunifiée en mettant fin à la guerre civile. C'est un homme fort, ambitieux et déterminé.

En vue de légitimer son pouvoir, Amenemhat Ier inspire la rédaction de la prophétie de Néferty, document censé dater du roi Snéfrou, dans lequel un mage annonce que l'Égypte sera sauvée du chaos par un roi Amény venu de Haute-Égypte :« Il viendra alors un roi, venu du sud appelé Ameny, fils d'une femme de Ta-Sety né dans Khen-Nekhen. » Mais ce texte n'a rien de prophétique, puisque les versions les plus anciennes dont on dispose datent précisément du règne d'Amenemhat, il indique cependant clairement l'origine du roi : Khen-Nekhen est une localité située dans le premier nome du sud et Ta-Sety qui est rattaché à sa mère, qualifie l'actuelle Nubie égyptienne. Cette fausse prophétie est un moyen grossier, mille fois utilisé par nombre de rois, pour donner une légitimité divine à leur accession au trône.

Le père d'Amenemhat, Sésostris, qualifié de « père divin » selon une inscription à Thèbes, était un prêtre de la XIe dynastie. C'est lui, qui jouant de sa position dans le clergé a certainement apporté le soutien de celui-ci à l'usurpateur, sinon l'accession au trône eut été impossible. Car la monarchie pharaonique a développé dès ses origines un discours idéologique basé sur la symbolique de l'union des Deux-Terres (Haute et Basse-Égypte). Chaque pharaon est ainsi le garant d'une unité égyptienne voulue et instituée par les dieux. La lutte d'Amenemhat pour la réunification de l'Égypte s'inscrit donc dans la croyance de la volonté de ses dieux. Lors du couronnement, la puissance royale se matérialise par l'obtention d'emblèmes magiques (couronnes, coiffes, sceptres) et l'élaboration d'une titulature sacrée. Le pouvoir divin de Pharaon est par la suite régulièrement confirmé ; chaque année à l'occasion du Nouvel An et plus fastueusement lors de la fête jubilaire des trente ans de règne. Selon la mythologie monarchique, le trône d'Égypte a été institué par le démiurge. Il le transmit ensuite aux dieux ses successeurs, puis à des êtres semi-divins, les Suivants d'Horus qui, dans les listes royales, précèdent immédiatement les rois historiques. Pharaon est donc considéré comme un dieu vivant.

Une fois de plus on se rend compte que la religion et le clergé sont des instruments politiques largement utilisés par les rois pour légitimer leur pouvoir. On comprend alors que lorsque la maison de pharaon est frappée de malédiction à cause d'Abram et Sarah, que pharaon se débarrasse le plus vite possible d'Abram et de sa femme, car c'est l'édifice politico-religieux de l'Égypte qui est mise en péril. Car si un dieu étranger frappe de malédiction le dieu vivant de l'Égypte, c'est que forcément ce dieu est plus grand que ceux de l'Égypte et cela fait désordre. "Abram remonta d’Égypte vers le midi, lui, sa femme, et tout ce qui lui appartenait, et Lot avec lui. 2  Abram était très riche en troupeaux, en argent et en or." Genèse 13

Le fait qu'Abram "remonte" vers le midi qui est le nom du Néguev biblique, tend à prouver qu'il part bien de la capitale située au centre du pays pour remonter vers le nord en suivant le Nil. Pendant qu'il retourne vers la terre promise, Abram doit certainement se poser bien des questions sur ce Dieu très puissant qui l'accompagne et sur Lot. Il pend alors une décision: ne resteront dans sa maison que ceux qui honorent son Dieu.

"3  Il dirigea ses marches du midi jusqu’à Béthel, jusqu’au lieu où était sa tente au commencement, entre Béthel et Aï, 4  au lieu où était l’autel qu’il avait fait précédemment. Et là, Abram invoqua le nom de l’Éternel." Genèse 13. En ce lieu isolé, Abram prend une décision difficile pour lui, il va se séparer de son neveu Lot qu'il considérait comme son propre fils. Certainement Lot ne fait pas de l'Éternel son Dieu, car Abram invoque seul le nom de l'Éternel. Lot ne peut donc pas lui succéder et s'inscrire dans la promesse d'un dieu qu'il ignore. Le choix d'Abram fut certainement extrêmement douloureux pour lui, mais il le fit quand même pour rester fidèle à ses croyances, car sinon toute sa maison serait retournée à l'idolâtrie de sa famille paternelle. Genèse 13 : 8  Abram dit à Lot : Qu’il n’y ait point, je te prie, de dispute entre moi et toi, ni entre mes bergers et tes bergers ; car nous sommes frères. 9  Tout le pays n’est-il pas devant toi ? Sépare-toi donc de moi : si tu vas à gauche, j’irai à droite ; si tu vas à droite, j’irai à gauche.

Après cette douloureuse décision qui dût lui déchirer le cœur, Abram se retrouve seul avec Sarah dans une région relativement isolée de tout. A la peine s'adjoint alors la solitude, qui devient toujours plus pesante au fil du temps qui passe. C'est alors qu'Abram eut un nouveau songe: Genèse 13 : 14 L’Éternel dit à Abram, après que Lot se fut séparé de lui : Lève les yeux, et, du lieu où tu es, regarde vers le nord et le midi, vers l’orient et l’occident ; 15  car tout le pays que tu vois, je le donnerai à toi et à ta postérité pour toujours. 16  Je rendrai ta postérité comme la poussière de la terre, en sorte que, si quelqu’un peut compter la poussière de la terre, ta postérité aussi sera comptée. 17  Lève-toi, parcours le pays dans sa longueur et dans sa largeur ; car je te le donnerai. 18  Abram leva ses tentes, et vint habiter parmi les chênes de Mamré, qui sont près d’Hébron. Et il bâtit là un autel à l’Éternel.

Désormais Abram voue un culte régulier à l'Éternel et dresse des autels partout où il s'installe. Comparée aux grandes civilisations qui la côtoient, la région de Canaan n'est pas une région facile à vivre. Outre le climat plutôt rude, les gens qui y vivent ne l'étaient pas moins. À propos des Cananéens, Moïse précisera plus tard : “ C’est à cause de la méchanceté de ces nations que Jéhovah ton Dieu les chasse de devant toi. ” Deutéronome 9 : 5. L’immoralité sexuelle, l’idolâtrie et les sacrifices d’enfants étaient des pratiques courantes en Canaan. Un ouvrage relate que les archéologues ont trouvé dans la région “ un grand nombre de jarres contenant les restes d’enfants qui avaient été sacrifiés à Baal [un des dieux préférés des Cananéens]. Toute la zone environnante s’est révélée être un cimetière pour enfants nouveau-nés. [...] C’est ainsi qu’adoraient les Cananéens, en s’abandonnant à l’immoralité en présence de leurs dieux, comme s’il s’agissait d’un rite religieux et en tuant leurs enfants premiers-nés, comme un sacrifice à ces mêmes dieux. Il semble que, dans une large mesure, le pays de Canaan était devenu une sorte de Sodome et Gomorrhe à l’échelle nationale. [...] Après avoir présenté Baal et sa parèdre Aschtoreth comme les principales divinités du panthéon cananéen, le Manuel biblique de Halley (angl.), édition révisée, déclare: “Les temples de Baal et d'Aschtoreth étaient généralement associés. Les prêtresses et les sodomites étaient des prostitués sacrés. Le culte de Baal, d'Aschtoreth et d'autres dieux cananéens consistait en des orgies sans nom; leurs temples étaient des centres de dépravation.” On a mis au jour un “grand nombre de sculptures et de plaques gravées représentant Aschtoreth dotée d'organes génitaux hypertrophiés de façon obscène, tous objets destinés à exacerber la sensualité. Les Cananéens adoraient donc leurs dieux en pratiquant devant eux des actes immoraux qui avaient valeur de rite religieux, et en assassinant leurs premiers-nés, qu'ils offraient en sacrifice à ces mêmes dieux”. - Pages 166, 167.

Expliquant plus tard aux Israélites pourquoi il expulsait les Cananéens, Dieu leur déclara: “Ne vous rendez impurs par aucune de ces choses, car c'est par toutes ces choses que se sont rendues impures les nations que je chasse de devant vous. Aussi le pays est-il impur, et je ferai venir sur lui la punition pour sa faute, et le pays vomira ses habitants.” Par la suite, il leur donna cet avertissement sans ambiguïté: “Et vous devrez garder toutes mes ordonnances et toutes mes décisions judiciaires et les pratiquer, pour que ne vous vomisse pas le pays où je vous mène pour y habiter.” - Lévitique 18:24-26; 20:22.

Canaan était donc un patchwork de royautés dont les pratiques religieuses détestables étaient à vomir. Outre leur cruauté et perversité, les rois locaux se faisaient la guerre en permanence et les alliances de circonstances se faisaient et défaisaient rapidement. Et c'est dans ce pays que Dieu envoie Abram…

Le début du chapitre 14 raconte une guerre entre deux coalitions de rois, chapitre où le mot ‘’guerre’’ apparaît pour la première fois dans la Bible. La localisation des trois premiers rois montre que ces coalisés viennent de la Mésopotamie. "1 Dans le temps d’Amraphel, roi de Schinear, d’Arjoc, roi d’Ellasar, de Kedorlaomer, roi d’Elam, et de Tideal, roi de Gojim, 2  il arriva qu’ils firent la guerre à Béra, roi de Sodome, à Birscha, roi de Gomorrhe, à Schineab, roi d’Adma, à Schémeéber, roi de Tseboïm, et au roi de Béla, qui est Tsoar." Genèse14. Nous  retrouvons les noms de royaumes très anciens, Sumer, une ville Etat de la Babylonie, Elam et des nations non identifiées. Ce détail historique est important, car il colle encore une fois à la réalité. Après la chute d'Ur, la Mésopotamie ne connaît plus d'empire et se fragmente en royaumes divers. Elle ouvre la période paléo-babylonienne qui est une période de l'histoire de la Mésopotamie, qui va de 2004 à 1595 av. J.-C. selon la chronologie moyenne. Elle débute et s'achève par la chute de deux grands empires, respectivement la Troisième dynastie d'Ur et la Première dynastie de Babylone. Là se forme un nouvel espace qui, malgré des particularismes régionaux, présente une évidente unité autour de divers traits culturels, notamment linguistiques, religieux, fortement marqués par les traditions antérieures (surtout celle de la Mésopotamie des Sumériens et premiers Akkadiens), mais aussi avec quelques particularités dues en partie aux pratiques propres aux Amorrites, qui gardent des traces de la vie nomade, de l'organisation en tribu, même chez ceux qui se sont sédentarisés et ont pris le pouvoir dans les anciennes cités proche-orientales. Au contact de ce monde se situent plusieurs régions ayant leurs propres particularités, peuplées par des populations non sémitiques, comme les Élamites, Hittites, Hourrites, Gutis. Une coalition de rois culturellement proche est donc vraisemblable pour faire quelques razzias en Canaan considéré comme barbare et facile à piller.

C'est dans ce contexte qu'Abraham apprend que Lot est victime d'une razzia. N'écoutant que son courage, il arme ses serviteurs et par une action audacieuse nocturne réussit à récupérer Lot et le butin pris par ses agresseurs. En ramenant Lot chez lui, le roi de Sodome en voyant la petite troupe revenir doit penser à un nouvel éventuel raid et sort à sa rencontre. Dans le contexte biblique, cela signifie qu'il se range en bataille contre Abram. Cette fois il fait jour, nous sommes en rase campagne et l'effet de surprise est nul. De surcroît le roi de Sodome est largement motivé par le fait que c'est des personnes liées aux familles de sa ville qu'Abram ramène au milieu de sa petite troupe. Ce malentendu pourrait réserver un sort funeste à Abram et son histoire s'arrêter dans la vallée de Schavé. Il faut ici souligner la dimension symbolique donnée aux noms des rois de Sodome et Gomorrhe. Le roi de Sodome porte le nom de Béra, qui signifie "fils du mal" et le roi de Gomorrhe est nommé Birsha, "dans la malfaisance". Ce ne sont pas des tendres et ils sont portés naturellement à faire le mal. Le chapitre 14 est donc dans son contexte une allégorie du combat entre le bien et le mal, du Ciel contre la Terre, comme le rappelle le troisième roi de la coalition, Adma, un nom formé avec les trois consonnes du nom d’Adam, l'adama, la terre ou encore le terrestre, celui qui n'est pas spirituel. Si on l'associe au quatrième roi Béla (destruction) de Tsoar, le tableau est plus que parlant. Les noms des coalisés sodomites donnent un relief spirituel qui apporte tout son sens au nouveau roi qui vient.

Un fait étrange va modifier le sort de la bataille qui se prépare. Dans la plaine à proximité de la ville de Sodome, une troisième troupe s'interpose et fait dresser une tente à son roi, qui se présente comme étant celui qui veut éviter le conflit, Melchisédek: soit roi de justice (tsédeq) et de paix (salem). Il est fort probable que c'est le contexte qui motive le nom de cet étrange intrus, où deux troupes très inégales se préparent à la guerre en se faisant face dans une ambiance mortelle. Melchisédek n'est pas seul, car il offre (littéralement "il fait sortir") un repas de pain et de vin. Le but étant de rassembler les protagonistes autour d'un repas, afin d'apaiser les tensions par la discussion. Genèse 14 : 18  Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était sacrificateur du Dieu Très-Haut.19  Il bénit Abram, et dit : Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut, maître du ciel et de la terre ! 20  Béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains ! Et Abram lui donna la dîme de tout.

Melchisédek a toutes les caractéristiques du Messie à venir, car en ce temps-à il n'existait pas de royaume terrestre où l'on adorait le Dieu Très-Haut. Melchisédek ne peut être que la représentation physique du Roi du Royaume des cieux. Abram ne le sait pas encore, mais il vient de voir Dieu face à face dans sa forme humaine. Il apprend alors qu'il fut victorieux dans la bataille pour ramener Lot, uniquement parce que Dieu fut avec lui et le protégea. Cela signifie que le Dieu Très-Haut marche avec Abram. Face à son ennemi le roi de Sodome Béra, qui signifie "fils du mal", Melchisédek comme figure du Messie représente son opposition parfaite comme "fils de Dieu" qui bénit Abram. Pour Satan personnifié par le roi de Sodome l'affaire s'arrête là, car Abram est désormais intouchable, parce que Dieu Lui-même s'interpose entre eux. Mais c'est la suite qui va sceller le sort de Sodome.

Abram reconnaît en Melchisédek la figure du Dieu Très-Haut et prélève dans le butin un dixième qu'il offre en don à l'Éternel. Tout cela se passe sans que le roi de Sodome ne puisse dire ou faire quelque chose. Dans son for intérieur cela doit être la consternation, car c'est sur ses richesses que l'offrande est prélevée. Le roi de Sodome devient le témoin forcé de l'union qui se forme entre Abram et Dieu. Le diable doit être fou de rage et est totalement humilié face au nomade Abram qui vient de défaire une des plus puissantes coalitions armées du monde et qui de surcroît vient comme pour le narguer faire une offrande de son butin sous le nez du roi qui a été pillé. La réaction du roi de Sodome est plus dans le ton que la forme qu'un texte écrit ne peut traduire.

Genèse 14 : 21 Le roi de Sodome dit à Abram : Donne-moi les personnes, et prends pour toi les richesses. 22  Abram répondit au roi de Sodome : Je lève la main vers l’Eternel, le Dieu Très-Haut, maître du ciel et de la terre: 23  je ne prendrai rien de tout ce qui est à toi, pas même un fil, ni un cordon de soulier, afin que tu ne dises pas : J’ai enrichi Abram. Rien pour moi ! 24  Seulement, ce qu’ont mangé les jeunes gens, et la part des hommes qui ont marché avec moi, Aner, Eschcol et Mamré: eux, ils prendront leur part.

D'un ton impératif et plein de mépris Béra le "fils du mal" laisse à Abram les richesses, puisqu'il préfère les donner à son "fils de Dieu" plutôt qu'à lui. Mais exige les personnes pour lui. Sachant qu'il n'y avait pas que des gens de Sodome dans la troupe ramenée, on peut se faire une idée du sort réservé à ceux qui n'étaient pas originaires de la ville. Cette attitude outrage Abram, car cela équivaut à une insulte de Melchisédek sous sa propre tente. Cette attitude révoltante met Abram en colère, il se lève en élevant sa main au ciel, ce qui l'agrandit encore plus face à ceux qui sont assis à ses côtés. Face à des rois assis, cette posture est un défi, une provocation et en d'autres circonstances cela aurait provoqué une guerre. Mais prenant Dieu à partie, c'est Abram qui impose ses exigences au roi de Sodome. Sur ce, la discussion est close et Abram s'en va. Ce qui est en soi un autre geste de défi face à un roi. Reste face à face Melchisédek et Béra qui doit copieusement insulter Abram et par la même occasion indirectement celui qui l'a béni. Seulement voilà, Béra ignore une chose, c'est que celui qui se tient à côté de lui est également celui qui dans un songe à dit à Abram: " je maudirai ceux qui te maudiront…" Gen 12 : 3. Le sort de la ville de Sodome et de son roi est désormais scellé!

jeudi 14 juillet 2016

Les deux témoins de l'Apocalypse comme agents d'intrication (partie 14)

Dans la vallée des ossements chrétiens, un silence de mort règne après que les derniers échos de la cinquième trompette se furent estompés. La page de la tétrade 2015 est désormais tournée et bien peu de gens y prêtèrent attention. De toute façon tout ce que l'on pourrait lire dans les Lettres à l'Epouse ne sont que fadaises et contes à dormir debout, balivernes, etc. L'Europe représentant la bête de l'Apocalypse, ridicule, le pape comme faux prophète, hérésie, des cycles de 7 ans structurant les prophéties apocalyptiques menant aux deux témoins, balivernes, etc.

Cependant, nous avons vu que le rebond des galets produit des effets qui restructurent le monde au fur et mesure que l'on progresse dans le temps. Comme ils se rapprochent l'un de l'autre, les effets des ondes produites sur la surface de la mer des peuples interagissent en se mêlant les unes aux autres. Les ondes de choc provoquent alors des crises politiques, économiques ou religieuses toujours plus fréquentes et accentuées. Dans un autre registre, on dirait que les douleurs de l'enfantement se mesurent au rythme et à l'intensité des contractions. Avec le temps, les crises deviennent permanentes et on y prête même plus garde.

Il faut garder à l'esprit que l'Histoire ne s'organise pas dans le chaos, mais que c'est Dieu qui définit les temps qui sont impartis à chacun. Dans la mer eschatologique de la fin des temps où notre barque monte et descend en permanence, ce n'est pas la mer et ses vagues qu'il faut regarder, mais le phare qui au loin émet son signal de manière régulière. Le phare dans notre contexte ce n'est pas le Christ, car Il est le rocher, mais l'esprit du prophète qui du haut de sa tour placée sur ce même rocher, émet une lumière dans la nuit pour guider ceux qui sont perdus sur une mer démontée en pleine nuit. Or quels signaux le Seigneur nous donne-t-il dans ces temps troublés? Ils sont forts, mais cachés dans la masse d'informations qui nous inondent chaque jour et il faut une véritable révélation pour mettre en lumière le geste divin. Voyons cela.

Le Brexit un véritable tremblement de terre

Le Brexit est une abréviation de "British Exit", évoquant l'hypothèse d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, faisant référence au "Grexit" évoqué durant l'été 2015 lors de la crise grecque. À la différence du "Grexit", où la mise à l'écart de la Grèce de la zone euro (et non de l'Union européenne) pouvait être envisagée comme une sanction envers le pays, il s'agit dans le cadre du "Brexit" d'un départ volontaire de l'Union. Le 23 janvier 2013, le Premier ministre - et candidat à sa succession - David Cameron annonce qu'il organisera un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne.  Celui-ci a eu lieu le 23 juin 2016. Selon les résultats définitifs publiés le lendemain matin, les Britanniques ont choisi de quitter l'Union européenne avec 51,9% des voix.


La sortie des Britanniques de l'Union est surtout la victoire d'un homme, Nigel Farage qui s'est battu seul contre le système pendant des années. Peu croyaient en sa victoire, surtout pas les marchés. Raillé et voué aux Gémonies depuis qu'il a créé un parti pour l'indépendance du Royaume uni (UKIP), qu'il dirige de 2006 à 2009 et depuis 2010. Il est député européen depuis 1999 et coprésident du groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD) au Parlement européen. Il est connu pour diverses déclarations politiques où, tout en se prononçant en faveur d'une vraie démocratie et du respect de la voix des peuples, il exprime son euroscepticisme avec une verve qui lui vaut des réactions fortes et parfois même une haine féroce. Réuni en urgence pour débattre d’une résolution après le referendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le Parlement européen a assisté à un échange agité entre Nigel Farage et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. «N’est-il pas drôle, quand je suis venu ici il y a 17 ans en disant vouloir mener une campagne pour faire sortir le Royaume-Uni de l’UE, vous avez tous ri de moi. Vous ne riez plus maintenant, n’est-ce pas?», a fanfaronné Nigel Farage, qui est déjà revenu sur une des principales promesses de la campagne en faveur du Brexit. «Je fais une prédiction: le Royaume-Uni ne sera pas le dernier Etat membre à quitter l’UE», a-t-il poursuivi, assumant les huées des députés européens.

La victoire de Farage semble marcher contre le cours de l'Histoire de l'Union. Pour une fois, la vraie démocratie, celle du peuple souverain, n'a pas été bafouée par l'UE qui ne supporte que les élections en sa faveur. Dans un pays comme la France où l'oligarchie tient les médias, la campagne médiatique britannique n'aurait pas été possible, où de nombreux journaux ont milité pour la sortie de l'Union. En 2001, Jean-François Kahn expliquait que : « les journalistes, dans leur immense majorité sont issus du même milieu, formés à la même école, fréquentant les mêmes espaces, porteurs des mêmes valeurs, imprégnés du même discours, façonnés par la même idéologie, structurés par les mêmes références, ayant souvent connu la même évolution ou le même cursus, et ils finissent pas penser presque tous pareils ». Ils sont devenus les "Chiens de garde" du système et un véritable instrument antidémocratique par leur désinformation massive ou simplement en ignorant volontairement certaines informations qui n'existent plus que par le biais de sites alternatifs. Avec le Brexit l'Europe comme instrument du capital et des multinationales, vient de prendre un sérieux coup. L’étendue du despotisme financier étant inversement proportionnelle à l’étendue du contrôle dont il fait l’objet, il est dans sa nature d'exiger le déni de la souveraineté populaire et la mise hors jeu de la délibération démocratique, comme le démontra le président de Goldman Sachs exigeant l'annulation du Brexit.

La marque du divin

Malgré tout le Brexit eut lieu contre vents et marées, provoquant une secousse de grande ampleur sur tout le continent et un raz de marée financier qui va parcourir le monde entier le 24 juin 2016. Les bourses chutent et les monnaies tanguent, obligeant les banques centrales à des interventions massives. Or le 24 juin 2016 est une date symbole qui intervient après une autre très importante, celle du précédent krach boursier du 29 septembre 2008 et ses 777,7 points de perdus en un jour. Entre le 29/09/2008 et le 24/06/2016, il s'est écoulé 2825 jours, soit 7 ans, 8 mois et 25 jours. Cela donne donc 7 ans, 7 mois + 56 jours soit 7 semaines + 7 jours. Si on décompose on obtient:
7 ans, 7 mois, 7 semaines et 7 jours après le précédent krach boursier.

Comme il n'y a qu'une chance sur des millions pour arriver à un tel résultat, le marqueur des 7 ne peut être que divin. Le décompte se faisant à partir du 29 septembre 2008, on est en droit de se questionner également sur cette date. Le 30 septembre correspond à la fête des trompettes, 4ème fêtes de l'Eternel, mais comme on célèbre la fête au coucher du soleil de la veille, on se retrouve bien sur notre calendrier le 29 septembre. On peut donc légitimement considérer que le shofar divin de la 4ème trompette de l'Apocalypse a raisonné au jour symbolique de cette même fête des trompettes. À l'époque j'avais commencé à écrire mes premiers articles des Lettres à l'Epouse et j'avais noté le 10/10/2008:
Depuis le jour des trompettes et celui des expiations, les évènements qui s’enchaînent doivent nous interpeller, car ils sont lourds de sens.
-Adoption du plan Paulson pour 700 milliards.
-7 banques centrales abaissent brutalement leur taux pour enrayer la chute des Bourses
-Wall Street chute de plus de 7% pour la septième fois consécutive.
-Aujourd’hui Les Etats-Unis accueillent en position d’accusés un G7 de crise


Avec du recul, je comprends mieux pourquoi le Seigneur m'a poussé à écrire en ayant une vision spirituelle sur les évènements d'actualité à partir de fin 2007. Désormais des archives existent et vont certainement servir dans l'avenir comme support historique pour la suite des évènements eschatologiques. J'avais déjà à l'époque l'intuition qu'il me faudrait mon propre support historique, car le net est trop volatil et filtre trop les informations pour être objectif dans sa pertinence. Des sites comme Voxdei ont disparu et avec eux des commentaires et informations précieuses. Mais j'avais anticipé ce problème, car le site était trop ambigu dans son approche spirituelle pour être soutenu par l'Esprit Saint. Désormais peu importe, les archives sont scellées dans les Lettres à l'Epouse et les sites "aspirés" et mis à l'abri en cas d'effacement externe. Dans ce timing divin je suis heureux que les premiers articles sur les trompettes de l'Apocalypse aient été écrits avant la date du Brexit, car sinon on m'aurait soupçonné de faire coller les dates a posteriori et là comme les articles sont datés et non révisés, les choses devraient être claire pour tout le monde religieux. Comme je suis le seul à développer mon sujet comme je le fais, sans me soucier de l'audience ou de l'approbation de quiconque, le champ de la focale biblique se réduit d'autant, éliminant de facto tout ce qui ne s'inscrit pas dans mes correspondances. Désormais les choses sont devenues trop complexes et imbriquées pour être décorrélées du contexte global du champ de lecture des Lettres à l'Epouse. Bref, le site et les blogs ne sont pas solubles dans la pensée chrétienne ou juive et c'est volontaire si on veut qu'elles évoluent.

J'avais interrompu en mars 2016 mon étude sur les deux témoins comme agents d'intrication, car à partir du chapitre 13 l'Histoire biblique s'inscrit dans l'actualité présente et il convient désormais de suivre pas à pas l'évolution eschatologique de la cinquième trompette dans notre quotidien. Nous avons vu dans les chapitres précédents que le temps de la Pentecôte est achevé et que les forces démoniaques sont libérées pour exercer une autorité totale sur le monde, particulièrement le monde chrétien. La déchristianisation du monde occidental peut être mesurée dans le comportement totalement amoral et même immoral du secteur de la finance ou politique qui structurent notre monde moderne. Cette montée en puissance du mal qui tend à l'absolu, est ce qui structure la bête de l'Apocalypse. Nous obtenons alors un empire diabolique avec l'Antéchrist à sa tête.

Avec le Brexit une sorte de touche finale est mise à la prophétie, dans le sens où la bête entre dans ses frontières terrestres définitives. "La bête que je vis était semblable à un léopard ; ses pieds étaient comme ceux d’un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité." Apocalypse 13:2 L'ambiguïté du lion britannique, qui était encore il y a peu intégré dans l'Union, est levée et donne désormais au léopard sa forme finale. La gueule du lion britannique et les pattes de l'ours russe forment des autorités distinctes qui ne s'intègrent pas vraiment dans la bête, mais définissent par contre ses frontières Est et Ouest.

La fin de l'âge de la Pentecôte donne corps à la bête de l'Apocalypse, qui entre dans sa phase finale. Elle a désormais un corps économique avec une monnaie, l'euro. Il lui faut maintenant une âme politique forte qui contrecarre les forces centrifuges nationalistes qui tendent à la sortie de l'Union. Cette âme politique va être incarnée progressivement par un homme qui s'élèvera en autorité, jusqu'à régner avec une poigne de fer au-dessus des institutions qui lui seront soumises. Quand l'illusion de la démocratie aura disparu en Europe, alors l'Antéchrist en tant qu'homme sortira de l'ombre avec comme caution morale et religieuse le pape de Rome. Dans la crise économique en développement actuellement et qui s'achèvera dans la troisième guerre mondiale, un pays disparaîtra pour faire place à la bête, l'Amérique comme superpuissance mondiale. La route est désormais tracée.

vendredi 10 juin 2016

Pâques ou Pâque ? (partie 7)

Abram ou la renaissance spirituelle

Térach ne suivra pas l'ordre de l'Eternel d'aller à Canaan. Sans doute n'en comprend il pas les motifs, car dans la région de Canaan il n'y a rien, pas de grande ville, pas de civilisation développée et c'est au mieux une région de routes de passage entre l'Afrique et l'Asie. Or pour quelqu'un qui vit dans la logique du dieu Lune tout puissant, cela reviendrait à trahir ses croyances pour partir à l'aventure. Or le dieu Sin semblait leur être favorable, puisqu'il prospérait dans la ville. Abram partira avec : "sa femme, et Lot, fils de son frère, avec tous les biens qu’ils possédaient et les serviteurs qu’ils avaient acquis à Charan." Gen 5 : 12. Si le fils part avec tant de biens, a fortiori le père devait en posséder bien plus. La suite de l'histoire nous apprend qu'Abram était riche en troupeaux, ce qui devait être le commerce développé dans la famille de Térach. Or la chose n'est pas incompatible avec la piété de Térach et sa fidélité à Sin, car les offrandes au dieu étaient souvent faites en dons d'animaux sacrificiels ou pour le clergé qui les gardait au nom du dieu. Les pèlerins ou les marchands de passage achetaient donc souvent sur place les animaux qu'ils offraient en don au dieu, ce qui assurait la prospérité de Térach. Quitter la  ville, revenait à se couper de cette source potentielle de richesse.

Après la chute d'Ur, Haran devint la première ville en Mésopotamie dédiée au culte de Sin, qui était en ce temps-là le dieu principal du panthéon mésopotamien. La ville devient de facto alors une ville pèlerinage et de passage important pour le commerce. Un hymne sumérien dédié à l'aspect fertilisateur de Nanna/Sin décrit longuement les vaches constituant son troupeau, qui se comptent en centaines de milliers et lui procurent de grandes richesses à partir desquelles il offre ses bienfaits au monde. Dans les faits, l'ancien temple d'Ur disposait effectivement de milliers de têtes de gros bétail. Le développement du troupeau de Sin sur la Terre était donc le signe visible de la bénédiction du dieu qui vivait dans son temple.

Les Vaches de Sîn

Comme elles sont nombreuses !
Comme les vaches sont nombreuses !
Comme le bétail de Su'en est nombreux !
Celles qui sont sombres sont en lapis-lazuli translucide ;
celles qui sont pâles sont la lumière de la lune naissante.
Celles qui sont petites glissent comme des grains d'orge pour toi ;
celles qui sont grosses se pressent les unes contre les autres comme des taureaux sauvages pour toi.
La Gloire du Ciel (épithète de Nanna/Sîn) a enlevé les colliers des nombreuses vaches de son troupeau grouillant.
Il a amené le lait des magnifiques vaches en abondance pour les tables d'offrandes
Ses mains brillantes versent du lait en permanence.


Si Nanna/Sîn apparaît dans diverses prières de pénitents cherchent à savoir quelle faute ils ont commis pour s'attirer un malheur qui les touche, comme c'est le cas pour tous les autres grands dieux, il est plus particulièrement invoqué dans des cas liés à son rôle de dieu de la fertilité. Un rituel visant à aider l'accouchement difficile d'une femme enceinte est ainsi placé sous les auspices du dieu lunaire, et une longue prière assimile la parturiente à Geme-Sin (« femme-esclave de Sin »), une vache du troupeau de Nanna/Sin ayant du mal à mettre bas :

Prière à Sîn pour une parturiente

Lorsque à terme furent les jours, et, achevés, les mois,
la Vache devint de plus en plus nerveuse,
Son berger était préoccupé et, irrités, tous les jeunes pâtres,
À sa plainte, à son cri de délivrance, Nanna est atterré
Sîn, dans les cieux, entendit son cri ; il leva au ciel sa main :
deux anges célestes descendirent, l'un portait de l'huile de flacon,
l'autre fit descendre les eaux de délivrance.
(Le premier) toucha son front de l'huile du flacon,
(l'autre,) des eaux de délivrance aspergea tout son corps.
Une deuxième fois, il toucha son front de l'huile du flacon,
(et l'autre,) des eaux de délivrance aspergea tout son corps.
Lorsqu'on toucha pour la troisième fois,
le Veau, comme un faon de gazelle, tomba sur le sol
et au Veau, (la Vache) donna pour nom celui d'Amar-ga (« Veau de lait »)
De même que Geme-Sîn a normalement (ainsi) enfanté,
qu'enfante de même cette jeune femme dans les douleurs,
que la sage-femme n'ait pas d'obstacle, que la prégnante aisément se délivre !


Pour Abram cet aspect du dieu Lune lui causait bien des soucis, car sa femme était stérile et le dieu Sin ne répondait à aucune de ses prières pour la rendre féconde. Il prend alors son neveu Lot dans sa maison comme son fils. C'était une manière de compenser la stérilité de Saraï sa femme. Mais la présence de Lot n'effaçait pas l'amertume de la stérilité du couple. Pour ce couple très pieux qui portait les noms théophores des dieux qu'ils adoraient, la stérilité de Saraï était d'autant plus difficile à supporter, que l'histoire du dieu Sin avec sa parèdre Ningal était empreinte d'amour passionné et fécond.

Ningal, était la fille bien-aimée de Ningikuga, la déesse des roseaux et d'Enki, le dieu de la magie, de l'artisanat et la Sagesse. Pour bien comprendre qui est Ningikuga, il est nécessaire de revenir en arrière dans le temps dans la partie méridionale de la Mésopotamie, où les gens ont commencé à coloniser la région en construisant les premières cabanes pour le logement et les temples des dieux avec des roseaux qu'on liait ensemble pour en faire des piliers, les arbres étant rares dans la région du delta. La première colonie identifiée dans le sud de la Mésopotamie était Eridu, ville dédiée à Enki, où « la royauté descendit du ciel sur la terre". Ningikuga est donc une déesse très ancienne, qui nous raconte les débuts de la vie organisée, une fois que les roseaux ont été utilisés pour construire des maisons, des temples, des meubles, des radeaux ou des clôtures. Sa relation avec Enki remonte donc au début de la vie urbanisé à Sumer. Leur fille, Ningal, est dite être jeune et jolie, ainsi que de posséder le don de dévoiler le sens énigmatique des visions, mais surtout des rêves qu'on transcrivait dans des poésies. Ningal est donc la déesse de l'interprétation des songes nocturnes et de la divination, une fille réservée vivant avec sa mère dans les roseraies fertiles du sud de la Mésopotamie, jusqu'à ce qu'elle tombe amoureuse de Nanna et devienne sa femme. La sagesse de Ningal, associée à la fertilité de Nanna, visaient à expliquer le principe civilisateur des Sumériens et leur prospérité. Ainsi la famille des dieux mésopotamiens, accompagne-t-elle le développement de Sumer. Enki et Enlil font les hommes, Ningikuga aide à la fondation des premières villes, puis lorsque celles-ci sont établies en cités Etats, le dieu Lune Nanna/Sin et sa parèdre Ningal prennent le pouvoir pour en assurer la prospérité. Quand enfin vient le temps des rivalités et des guerres entre les cités, puis des premiers royaumes, les conflits prennent toujours plus d'ampleur et c'est Ishtar comme déesse de la guerre qui est alors hissée au sommet du panthéon. Dans ce schéma rapidement brossé de la religion sumérienne, on se rend aujourd'hui facilement compte de la manière relativement fruste dont on comprend le fonctionnement du monde il y a des millénaires. La religion est rapidement devenue un instrument entre les mains du pouvoir royal qui se divinise et du clergé qui l'instrumentalise. Pour donner plus de vie et de consistance à tout cela, la seule adoration de statues inertes dans de grands temples ne suffit pas. Des oracles par des signes et des songes, viennent alors apporter la parole des dieux au milieu des hommes et c'était souvent les grandes prêtresses de Ningal qui jouaient le rôle d'interprète de la déesse. On comprend aisément pourquoi tous les rois plaçaient leurs filles à ces postes stratégiques dans les grands temples. Par leurs voix parlaient les dieux et accessoirement leurs pères qui orientaient le sens des oracles en leur faveur.

Pour les fils de Dieu, que ce soit dans le groupe de Noé resté dans la vallée de l'Ararat ou pour celui de Péleg partie à Ur, le principe de communication entre Dieu et les hommes est globalement identique à celui qui se pratique dans le royaume sumérien. De nombreux signes et songes ont dû prévenir les patriarches de quitter définitivement la Mésopotamie. Concernant Térach et Abram la chose est avérée dans la Bible, mais seul Abram suivra la voix de Dieu traduite ainsi: Genèse 12 : 1 L’Eternel dit à Abram : Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. 2  Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. 3  Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. 4 Abram partit, comme l’Eternel le lui avait dit, et Lot partit avec lui. Abram était âgé de soixante-quinze ans, lorsqu’il sortit de Charan.

A ce stade-là, Abram suit un oracle interprété comme celui des dieux d'Haran. Il emmène Lot comme son fils pour perpétuer son nom et fonder un nouveau royaume en Canaan. La demande divine paraît logique à Abram et Saraï, puisque les songes et la promesse de la prospérité sont l'apanage du couple divin d'Ur et d'Haran. Abram reste fidèle à ses principes et à l'enseignement de son père, et ne se met pas en rupture conflictuelle avec la maison paternelle. Il suit l'oracle des dieux avec la bénédiction de Térach qui lui donne les moyens de fonder son nouveau royaume. Abram part de Haran, en empruntant une route commerciale jusqu’à un gué à Karkémish ; et de Karkémish il bifurqua vers le sud. À la hauteur de Damas, il prit la direction de ce qui fut appelé par la suite la mer de Galilée. Il existait la via Maris, c’est-à-dire la “ Voie de la mer ”, qui passait par Meguiddo et allait jusqu’en Égypte. Mais curieusement Abraham s’enfonça dans les montagnes de la Samarie, et finalement planta ses tentes à Sichem.


L'itinéraire suivi par Abram en dit long sur ses croyances au début de son périple vers Canaan. Il ne suit pas le chemin le plus facile en suivant la côte ou en remontant la plaine du Jourdain. Non, il monte sur les sommets des montagnes où l'on pratiquait habituellement les cultes idolâtres en vigueur dans le pays. Si on revient au contexte de la région du temps d'Abram, Canaan avait quelques villes sur le littoral méditerranéen et le long du Jourdain, mais entre les deux pas grand-chose, car la région n’était pas riche sur le plan agricole et habiter l’intérieur du pays avec ses collines arides, limitait les activités à l’élevage du petit bétail. Pour cultiver quelques céréales, il faut espérer la pluie.

Dans la région il n'y a pas de temple, pour cela il faut aller en Egypte ou revenir en Mésopotamie où existent des villes assez grandes pour les construire et les entretenir. Les dieux locaux sont limités au dieu EL qui vient d’une racine qui signifie premier, il est le père des autres dieux qui forme le pluriel d'El, Elohim. El est donc à prendre dans le sens générique et commun de la divinité en général et Elohim comme l'ensemble du panthéon des dieux, soit la divinité dans une expression plurielle. Pour honorer El, on élève simplement une stèle en prenant un long rocher que l'on redresse de manière très simple, les outils étant rares et chers sur les hauteurs de Canaan. Sa parèdre est Ashera représentée par un arbre ou juste son tronc une fois qu'il est mort. Elle représente la déesse de la fertilité et leur fils Baal est celui qui apporte la pluie. Je résume dans les grandes lignes sans vraiment entrer dans les détails avec les autres dieux mineurs. Les croyances sont donc uniquement liées à ce qui est strictement utile à la survie dans le pays: la vie en général, la reproduction et la pluie. On est très loin des cultes complexes de la Mésopotamie et de leurs temples ziggourats grands comme des montagnes.

On peut aisément se mettre à la place d'Abram et Saraï sa femme qui venaient du phare de la civilisation qu'était la ville d'Ur, avec ses terres cultivées irriguées et riches, ses rues remplies d'artisans, ses palais et nombreux temples, dont le plus grand et le plus beau du monde connu, le temple du dieu Lune. Et qui maintenant cheminaient au milieu de nulle part, dans un pays inconnu peuplé de barbares incultes. Ils cherchent donc des réponses aux nombreuses questions qu'ils se posent tout le long du chemin. Ils demandent donc aux habitants de la région où on peut consulter un oracle. On indique à Abram qu'à Sichem il y trouvera une forêt sacrée où il pourra consulter les oracles. Genèse 12 : 6 Abram parcourut le pays jusqu’au lieu nommé Sichem, jusqu’aux chênes de Moré. Les Cananéens étaient alors dans le pays. 7  L’Eternel apparut à Abram, et dit : Je donnerai ce pays à ta postérité. Et Abram bâtit là un autel à l’Eternel, qui lui était apparu.

Au sens figuré, le mot "moré" en hébreu représente celui qui enseigne, ou le devin, c'est-à-dire celui qui jette les dés pour obtenir de la divinité une thora, une sentence, un oracle. Le chêne de Moré ou élôn môrèh, ce dernier mot n'est pas un nom propre, comme l'entendent la plupart des traductions, mais le qualificatif de élôn, le chêne qui enseigne ou qui rend des oracles, le chêne-devin : le bruissement du feuillage était censé être une manifestation de la divinité (cf. l'oracle de Dodone et 2-Samuel 5 : 24), et un « homme de Dieu » savait l'interpréter; de là la traduction possible : chêne du devin. C'est là nettement le sens, dans Jug 7 :  1, de guibeath hammôrèh (avec l'article) : la colline du devin, très probablement à l'Est de la plaine de Jizréel, qu'on a cru retrouver dans le Djebel ed-Dahi ou Petit Hermon, mais ce n'est pas sûr du tout. Quant au chêne-devin (Ge 12 :6 ), il était près de Sichem que ce même verset donne pour la première station d'Abraham à son arrivée en Canaan. Il est difficile de savoir ce que l'auteur du Deutéronome (De 11 : 30) entend exactement ; mais il y a, à proximité de Sichem, une localité dont le nom arabe de Djoulêdjil correspond tout à fait à l'hébreu Guilgal mentionné dans ce même verset et mis en rapport avec l'Ébal et le Garizim. On peut donc identifier ce chêne-devin-là avec celui de Ge 12 : 6.

Le cheminement spirituel et historique d'Abram est donc parfaitement cohérent avec les données historiques et archéologiques connues à ce jour. L'histoire d'Abram n'est donc pas un mythe, mais une réalité historique inscrite dans la mémoire du peuple juif. A Sichem un nouvel "oracle" annonce une postérité à Abram. Une promesse de cette nature a dû certainement jeter le trouble dans la famille et n'a pas sur le moment été prise comme la promesse d'un fils en ligne directe, mais comme la confirmation que Lot lui succéderait. Abram poursuit donc son chemin sur les hauteurs et s'éloigne de plus en plus des lieux habités et de la civilisation. Ses pas le portent alors jusqu'à un point de vue à l'Est de Béthel où l'on aperçoit la plaine du Jourdain. Il y plante sa tente et reçoit là une révélation qui va le bouleverser et par voie de conséquence, le monde entier. On y prête pas beaucoup attention, mais c'est là que la Bible nous dit ceci en Genèse 13 : 3  Il dirigea ses marches du midi jusqu’à Béthel, jusqu’au lieu où était sa tente au commencement, entre Béthel et Aï.

Le livre de la Genèse a su, si on y prend garde, donner suffisamment de détails très précis pour que fil de la trame historique des patriarches antédiluviens et postdiluviens puisse être retracée, au moins dans les grandes lignes. Or les détails géographiques concernant Bethel et Aï intriguent. Car entre ces deux points il n'y a rien et c'est précisément le point le plus important de l'histoire d'Abram.

Plus loin dans le texte en Genèse 13 : 3 on donne un qualificatif particulier à ce lieu précis qu'on nomme "la tente au commencement", celle où débute une nouvelle histoire, celle du peuple juif. Certainement Abram a dû avoir cette réflexion de bon sens: si le dieu Sin ou la déesse Ningal lui ont parlé à Ur et Haran, puis que des dieux différents comme le dieu El ou la déesse Ashera lui ont parlé à Sichem, c'est que peut-être ce ne sont pas ces dieux-là qui lui ont parlés, mais un autre Dieu, un Dieu différent et unique qui lui parle, comme Il le fit à ses ancêtres, Noé, Hénoch et même Adam!

Entre Béthel et Aï, loin de tout, des villes et des hommes, Abram retrouve la conscience du Dieu unique et vivant de ses pères. Ici point de temple, d'arbre sacré ou d'autel, rien. Il prend alors une décision lourde de conséquences, les anciens dieux ne seront plus ses dieux, mais il honorera plus que le Dieu unique de ses ancêtres. Genèse 12 : 8  Il se transporta de là vers la montagne, à l’orient de Béthel, et il dressa ses tentes, ayant Béthel à l’occident et Aï à l’orient. Il bâtit encore là un autel à l’Eternel, et il invoqua le nom de l’Eternel. 9  Abram continua ses marches, en s’avançant vers le midi.

Souvent les exégètes focalisent leur attention sur le sens du nom donné par Abram à ce dieu, alors que le point important est qu'il n'invoque plus qu'UN seul dieu. C'est le signe du rejet du paganisme et du polythéisme. Dans le même registre, on comprend alors que c'est le processus inverse qui se mit en place du temps d'Hénoch où il est dit: "Seth eut aussi un fils, et il l’appela du nom d’Enosch. C’est alors que l’on commença à invoquer le nom de l’Eternel". Genèse 4:26 Quand on comprend et mesure la profondeur spirituelle de la décision d'Abram, alors il faut le faire pour Hénoch. L'invocation du nom de l'Eternel dans ce cadre-là ne peut avoir qu'une signification, les fils de Dieu ont abandonné le culte du Dieu vivant pour suivre celui des dieux païens dans les temples qui se construisaient dans les villes sumériennes. Ce qui était un moyen de démontrer qu'ils s'intégraient dans le tissu social de l'époque. Les mariages mixtes ne faisant que renforcer l'abandon du culte de l'Eternel.  Genèse 4 : 1 Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre, et que des filles leur furent nées, 2  les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent. 3 Alors l’Eternel dit : Mon esprit ne restera pas à toujours dans l’homme, car l’homme n’est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans. 4 Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu’elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l’antiquité. 5  L’Eternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. 6 L’Eternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé en son cœur. 7  Et l’Eternel dit : J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel ; car je me repens de les avoir faits. 8 Mais Noé trouva grâce aux yeux de l’Eternel.

Noé restera le dernier de son temps à poursuivre le culte de l'Eternel, mais également à écouter Sa voie et suivre Ses commandements. Cela implique que lorsque l'Esprit de Dieu repose sur un homme, les songes, visions et prophéties accompagnent la vie des fils de Dieu. Ils sont les signes spirituels qui marquent la vie des enfants de Dieu. Les dons spirituels attestent donc que l'Esprit Saint "reste dans l'homme" et l'accompagne tout le long de sa vie. C'est le sens même de la création de l'homme. Une fois le corps formé dans sa dualité, l'Esprit Saint va se manifester quand la femme sera prise de l'homme. Dans le chapitre 2 de la Genèse, l'adam mâle et femelle va être remodelé en une nouvelle image de Dieu. L’homme fait à Son image est partagé en deux parties égales qui forment Ish (l'homme) et Isha (la femme). "L’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme. 23  Et l’homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! on l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme." Le mot איש Ish est composé de trois lettres, le Aleph, le Yod et le Shin. Le mot אשה   Isha s’écrit avec trois lettres, le Aleph, le Shin et le Hé. Le féminin en hébreu, s’obtient en ajoutant la lettre Hé au mot masculin. Les lettres communes pour écrire l’homme et la femme sont l’Aleph et le Shin. Or, ces deux lettres forment en hébreu le mot Esh (אש), le feu. Comme pour souligner que ce qui est commun aux deux c'est leur nature ardente. Les deux lettres qui différencient ‘Ish’ et ‘Isha’ sont le Yod et le Hé. Le Yod est au centre du mot ‘Ish’ et le Hé termine le mot Isha. Ces deux lettres réunies forment le mot יה YAH, qui est l’abréviation du nom de Dieu. La composition d'Ish et d'Isha nous donne comme résultat le « Feu de Yah », soit pour simplifier, le Saint Esprit.

Le processus en cours avec Abram et Saraï vise donc à rendre à ces derniers représentants de la lignée directe d'Adam, le sens divin du fils de Dieu au travers de l'ish et de l'isha. Soit remettre l'Esprit de Dieu dans le cœur de l'homme.