dimanche 14 août 2016

Pâques ou Pâque ? (partie 9)

Le chapitre 15 marque une nouvelle étape dans la vie d'Abram. Après avoir quitté la maison de son père à Charan, puis s'être séparé de Lot, Abram à fait la démonstration de son attachement à Dieu. Abram en Canaan n'est plus le fils de telle ou telle maison et n'a lui-même pas de fils. Il est un patriarche sans semence issue de son sang, mais tenant d'une promesse faite par un Dieu qui lui a promis une descendance nombreuse. Après sa rencontre avec Melchisédek, il sait que Dieu marche avec lui, qu'Il le bénit et le protège.

Cependant Abram n'est pas seul et s'est même constitué une maison, dans le sens d'une famille spirituelle. En Genèse 14 : 14 on lit: "Dès qu’Abram eut appris que son parent avait été fait prisonnier, il arma trois cent dix-huit de ses plus braves serviteurs, nés dans sa maison". Les serviteurs nés dans sa maison peuvent être traduits par: "partisans fils de sa maison". Partisans dont les synonymes peuvent être les adeptes d'une doctrine ou des disciples. Autrement dit, Abram est reconnu comme le patriarche d'une communauté de 318 individus partageants les mêmes valeurs que lui. Le principe est particulièrement souligné dans le chapitre 15.

1 La parole de l’Eternel fut adressée à Abram dans une vision, et il dit : Abram, ne crains point ; je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande. 2 Abram répondit : Seigneur Eternel, que me donneras-tu ? Je m’en vais sans enfants ; et l’héritier de ma maison, c’est Eliézer de Damas. Genèse 15. "Eliy`ezer" = "Dieu est un secours". La correspondance entre "Je suis ton bouclier" et "Dieu est un secours" est évidente, soulignant par-là que les fils de la maison d'Abram sont également des gens qui ont reconnu le Dieu d'Abram comme leur dieu et même qu'il porte Son nom. Car il était extrêmement commun à cette époque de porter le nom du dieu auquel on croit, adjoint d'un de ses qualificatifs. Une petite communauté de croyants dans le Dieu Très-Haut c'est donc formée autour d'Abram.

Outre Eliézer, on sait que ceux qui l'accompagnèrent pour récupérer Lot sont tous reconnus comme des fils de sa maison, soit Mamré l’Amoréen propriétaire de la forêt de chênes où réside Abram, son frère d’Eschcol et son frère d’Aner, qui avaient fait alliance avec Abram et marché avec lui. Dans Gen 14:13 il est écrit que les trois frères sont des "chefs" ou des maîtres de maison qui firent alliance avec Abram. Il faut donc bien comprendre que ces hommes n'étaient pas à son service, mais vivaient dans sa proximité et au fil du temps et des discutions ils sont certainement devenus des adeptes du Dieu d'Abram et même des proches assimilés à des enfants spirituels. Leurs noms sont restés inscrits dans la Bible et même ils sont présents aux côtés de Melchisédek. Cette fratrie a reconnu en Abram un père spirituel, un patriarche. Ainsi la Bible souligne dans les chapitres 14 et 15 d'une manière fracassante contre les dogmes du judaïsme, que la filiation par Abraham ne relève pas uniquement du sang, mais bien de la foi qui justifie le croyant. Isaac ne devient dans ce contexte que le point d'orgue d'une filiation qui va prendre une dimension spirituelle bien plus grande que juste celle issue du sang. Mais nous verrons cela plus tard.

La justification par la foi est la grande œuvre de l'Eternel et c'est ce qui encore une fois souligné dans les versets qui suivent: " 4  Alors la parole de l’Eternel lui fut adressée ainsi : Ce n’est pas lui (Eliézer) qui sera ton héritier, mais c’est celui qui sortira de tes entrailles qui sera ton héritier. 5  Et après l’avoir conduit dehors, il dit : Regarde vers le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter. Et il lui dit : Telle sera ta postérité. 6  Abram eut confiance en l’Eternel, qui le lui imputa à justice." Genèse 15. Abram a foi en Dieu et pour cela le Dieu de justice, Celui qui juge entre le bien et le mal, entre la semence de Dieu et de Satan, reconnaît en Abram un juste. Abram est donc bien justifié par sa foi et absolument rien d'autre, sa descendance directe par Adam et Noé n'y est pour rien du tout. La voie du sang n'est donc d'aucune utilité pour entrer dans le Royaume des cieux et y rejoindre son Roi de justice.

La suite de l'histoire, concernant l'alliance qui va être scellée entre l'Eternel et Abram, doit être expliquée pour en comprendre les tenants et aboutissements. Ce passage de la Genèse nous raconte l'Alliance entre Dieu et Abraham, en se servant d'un rite très primitif. Pour manifester que l'alliance était scellée entre eux, les deux contractants d'une alliance préparaient un sacrifice et, partageant les animaux offerts en sacrifice en deux moitiés, les parties contractantes passaient ensemble entre les moitiés des animaux partagés. Les deux parties de l'animal représentaient les deux parties contractantes, engagées par un seul sang. C'est une autre manière de dire: "à la vie, à la mort". C'est également la plus haute manière de sceller un pacte, car c'est un dieu qui en est le témoin et le garant. Car après le passage entre les parties découpées, l'animal était consumé par le feu comme un holocauste. Si une des parties contractantes violait l'alliance ainsi scellée, on considérait qu'elle devait finir comme le cadavre de l'animal sacrifié. C'est le sens qui est donné en Jérémie 34 : 18  Je livrerai les hommes qui ont violé mon alliance, qui n’ont pas observé les conditions du pacte qu’ils avaient fait devant moi, en coupant un veau en deux et en passant entre ses morceaux ; 19  je livrerai les chefs de Juda et les chefs de Jérusalem, les eunuques, les sacrificateurs, et tout le peuple du pays, qui ont passé entre les morceaux du veau ; 20  je les livrerai entre les mains de leurs ennemis, entre les mains de ceux qui en veulent à leur vie, et leurs cadavres serviront de pâture aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre.
Genèse 15 : 7 L’Eternel lui dit encore : Je suis l’Eternel, qui t’ai fait sortir d’Ur en Chaldée, pour te donner en possession ce pays. 8  Abram répondit : Seigneur Eternel, à quoi connaîtrai-je que je le posséderai ? 9  Et l’Eternel lui dit : prends une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. 10  Abram prit tous ces animaux, les coupa par le milieu, et mit chaque morceau l’un vis-à-vis de l’autre ; mais il ne partagea point les oiseaux. 11  Les oiseaux de proie s’abattirent sur les cadavres ; et Abram les chassa. 12 Au coucher du soleil, un profond sommeil tomba sur Abram ; et voici, une frayeur et une grande obscurité vinrent l’assaillir.

L'Alliance qui est en passe d'être scellée ici, est relative à la possession du pays et rien d'autre. Abram prépare les animaux en les coupant en deux et attend… Les heures passent et rien ni personne n'arrive, si ce n'est des vautours attirés par l'odeur des cadavres qui se décomposent au soleil. Pour Abram le spectacle est consternant. Outre les mouches et l'odeur qui l'incommodent, il passe sa journée à chasser les vautours. Au crépuscule la lassitude et le doute le gagne. Quand vient la nuit, une grande crainte et doute l'assaillent, "et si l'Eternel ne venait pas?" Abram est d'une humeur noire, car il sait que s'il reste seul entre les deux parties du sacrifice, que celui-ci est sans valeur. C'est même pire que cela, car on peut l'interpréter comme un rejet, comme un refus d'alliance. "Reste au milieu de tes charognes Abram, tu ne vaux pas mieux qu'elles, nomade tu es et tu resteras!"

Mais quand vient la nuit, nous entrons dans un nouveau temps, un nouveau jour selon le modèle hébraïque. Alors qu'il fait nuit noire, peu à peu les étoiles et la Lune disparaissent voilées par une fumée qui s'épaissit. Au milieu de ses charognes nauséabondes, Abram terrorisé perçoit une forte odeur de brûlé, comme celle d'un four chauffé à blanc. A tâtons il recule entre les parties découpées par lui pendant la journée, car il sent après l'odeur de brûlé une chaleur intense qui se rapproche. Enfin il perçoit dans le noir une lueur rougeoyante comme une colonne de feu qui passe entre les animaux partagés, consumant tout et réduisant en cendres toutes les carcasses. Même le sol en reste totalement calciné. L'odeur de charogne a disparu, il ne reste plus que celle de la cendre. L'Alliance pour l'octroi de la terre de Canaan vient d'être scellée entre Dieu et Abram. Genèse 15 : 18  En ce jour-là, l’Eternel fit alliance avec Abram, et dit : Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d’Egypte jusqu’au grand fleuve, au fleuve d’Euphrate, 19  le pays des Kéniens, des Keniziens, des Kadmoniens, 20  des Héthiens, des Phéréziens, des Rephaïm, 21  des Amoréens, des Cananéens, des Guirgasiens et des Jébusiens.

La postérité d'Abraham

Une question fondamentale se pose à partir du chapitre 15: qui peut se prévaloir de la postérité d'Abram? Car à ce stade de l'histoire, Abram porte toujours encore le nom de son dieu mésopotamien et réside dans un pays où il se reconnaît lui-même comme un étranger. Les seuls "fils de sa maison" sont des partisans de son Dieu et un fils lié à une promesse divine. "Le fils de la promesse" devra hériter seul des biens d'Abraham, mais pas seulement, il héritera également de la promesse de Dieu. La promesse divine pourrait être traduite par donner sa parole et ainsi on comprend que la "promesse" est la Parole de Dieu. La Parole de Dieu dans ce contexte devient un acte d'engendrement de la chair. Le "fils de la promesse" est donc également l'expression de la "Parole faite chair", ce qui est l'expression vraie du fils d'Abram qui devient de facto le fils de Dieu. A partir de là, le nom d'Abram va devoir changer, car il est impossible dans ce contexte que la filiation d'Isaac puisse être liée au nom d'une divinité païenne mésopotamienne. Il ne faut pas être expert en science biblique pour se rendre compte immédiatement que les personnages historiques de la Genèse prennent une dimension spirituelle qui dépasse largement le cadre de leur vie terrestre. En fait, Dieu va utiliser les patriarches bibliques comme des outils pédagogiques expliquant ce que Dieu veut de l'homme et surtout comment Son plan de salut va s'accomplir dans l'humanité. Tout ce que l'on voit alors sur Terre n'étant que le reflet de ce qui se passe dans le Ciel.

Abram est la focale par laquelle se projette la vision divine. Par sa vie il devient le modèle, l'archétype parfait du croyant. Le moule dans lequel tout croyant doit se couler pour devenir un fils de Dieu. A ce stade le message qui transparaît dans la vie du patriarche est celui-ci: "va, quitte ton pays et ta famille pour entrer dans le royaume de Ma promesse."  Ce message divin est toujours d'actualité et va résonner dans le temps jusqu'aux derniers jours: Apocalypse 18 : 4  Et j’entendis du ciel une autre voix qui disait : Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin que vous ne participiez point à ses péchés, et que vous n’ayez point de part à ses fléaux.

Ignorer l'aspect spirituel du message divin qui transparaît au travers de la vie D'Abram est le grand tort et la tragédie de tout le peuple juif. L’herméneutique talmudique qui tente de décrypter la Torah et la vie des patriarches bibliques par des raisonnements terrestres, passe complètement à côté du sujet et fabrique des fils de la connaissance du bien et du mal, au lieu d'engendrer des fils de Dieu. Il faut bien convenir que le « raisonnement » talmudique présente des caractéristiques bien singulières en ses questionnements, en ses énonciations et en ses déconstructions, sous lesquels la solution semble impossible à trouver. On peut y voir un débat intergénérationnel, une gymnastique de l’esprit, une élaboration du désaccord qui laisse le débat même inachevé et qui nous laisse perplexes. Dans l’univers talmudique, la question détient plus d’importance que la réponse, le « goût d’inaccompli » amène le lecteur, « encore et toujours » à chercher davantage, sans jamais réellement trouver. Le Talmud est bien alors une littérature qui « assoiffe sans jamais abreuver ».

Avec les "Sages", qui donnèrent naissance au judaïsme rabbinique, la sagesse va devenir une folie, car les deux traditions écrites et orales sont considérées chez les juifs comme émanant d’une seule et unique révélation, toutes deux révélées sur le mont Sinaï. Les "Sages" vont accorder à la loi orale une plus grande autorité que la loi écrite, « Dieu n’avait plus de place là où l’homme suggérait son interprétation ». Seule l’interprétation des "Sages" sera alors valable car elle provient des Cieux au travers de la Bible et se révèle comme une lecture rétrospective de l’Écriture, qui confère sens à la loi divine et qui rend la révélation atemporelle… à venir. Cependant, les commentaires et les questionnements ne sont jamais finis, mais cherchent dans un temps futur une réponse qui doit venir dans la personne du Mashiah. Or la réponse divine est déjà écrite dans le temps et appartient désormais au passé, car le Messie est venu dans la personne de Jésus. Le Talmud dans ce sens devient de facto un texte antéchrist qui loin de faire des juifs des fils d'Abram en fait des enfants du diable. C'est ce que souligne particulièrement le Messie Lui-même.

Postérité d‘Abraham, son serviteur, enfants de Jacob, ses élus ! Psaumes 105 : 6. Les israélites se considéraient comme étant cette postérité, ce que Jésus ne nia pas. Par contre Jésus leur dira que ce qu'ils faisaient n'était pas conforme aux œuvres d'Abraham. En d'autres termes, il leur disait que leurs œuvres et leurs agissements anéantissaient le droit de se réclamer de cette postérité.

Jean 8 : 30 Comme Jésus parlait ainsi, plusieurs crurent en lui. 31 Et il dit aux Juifs qui avaient cru en lui : Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; 32 vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. 33 Ils lui répondirent : Nous sommes la postérité d’Abraham, et nous ne fûmes jamais esclaves de personne ; comment dis–tu : Vous deviendrez libres ? 34 En vérité, en vérité, je vous le dis, leur répliqua Jésus, quiconque se livre au péché est esclave du péché. 35 Or, l’esclave ne demeure pas toujours dans la maison ; le fils y demeure toujours. 36 Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres. 37 Je sais que vous êtes la postérité d’Abraham ; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne pénètre pas en vous. 38 Je dis ce que j’ai vu chez mon Père ; et vous, vous faites ce que vous avez entendu de la part de votre père. 39 Ils lui répondirent : Notre père, c’est Abraham. Jésus leur dit : Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham. 40 Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu. Cela, Abraham ne l’a point fait. 41 Vous faites les œuvres de votre père. Ils lui dirent : Nous ne sommes pas des enfants illégitimes ; nous avons un seul Père, Dieu. 42 Jésus leur dit : Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de moi–même, mais c’est lui qui m’a envoyé. 43 Pourquoi ne comprenez–vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez écouter ma parole. 44  Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge. 45  Et moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas. 46 Qui de vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? 47  Celui qui est de Dieu, écoute les paroles de Dieu ; vous n’écoutez pas, parce que vous n’êtes pas de Dieu… 51 En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. 52  Maintenant, lui dirent les Juifs, nous connaissons que tu as un démon. Abraham est mort, les prophètes aussi, et tu dis : Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. 53  Es-tu plus grand que notre père Abraham, qui est mort ? Les prophètes aussi sont morts. Qui prétends-tu être ? 54  Jésus répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien. C’est mon Père qui me glorifie, lui que vous dites être votre Dieu, 55  et que vous ne connaissez pas. Pour moi, je le connais ; et, si je disais que je ne le connais pas, je serais semblable à vous, un menteur. Mais je le connais, et je garde sa parole. 56  Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour : il l’a vu, et il s’est réjoui. 57  Les Juifs lui dirent : Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham ! 58  Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, je suis. 59  Là-dessus, ils prirent des pierres pour les jeter contre lui ; mais Jésus se cacha, et il sortit du temple.

Dans ce passage Jésus dit clairement qu'il est l'expression physique de la Parole de Dieu, il est la Parole faite chair, donc qu'il est Dieu. "Avant qu’Abraham fût, je suis (יהוה)". Proclamé dans le temple de Jérusalem ces mots prennent un sens très particulier, c'est le moins que l'on puisse dire. Or c'est sur l'unique base de ces paroles du Messie que peut se définir qui est réellement fils d'Abraham. C'est également ce qu'écrit l'apôtre Paul: "Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d‘Abraham, héritiers selon la promesse". Galates 3 : 29. Cette déclaration importante de Paul aux Galates est importante : faut-il encore comprendre pourquoi il rattache notre appartenance à Christ à celle de la postérité d'Abraham. Le mot grec traduit par  « postérité » en français est « sperma » semence, enfants, descendance, race. Il y a ici un principe actif de la foi dans cette lignée de croyants. Car c'est cette semence, c'est-à-dire la graine, qui a le pouvoir de faire germer un plant. Il y a dans cette postérité les germes d’une nouvelle race de croyants qui se perpétue par Christ Lui-même qui est le germe de Dieu. Semence de Dieu annoncée par les prophètes.

Esaïe 61:11 Car, comme la terre fait éclore son germe, et comme un jardin fait pousser ses semences, ainsi le Seigneur, l’Eternel, fera germer le salut et la louange, en présence de toutes les nations.
Jérémie 23:5 Voici, les jours viennent, dit l’Eternel, où je susciterai à David un germe juste ; Il régnera en roi et prospérera, Il pratiquera la justice et l’équité dans le pays.
Zacharie 3:8 Ecoute donc, Josué, souverain sacrificateur, toi et tes compagnons qui sont assis devant toi ! car ce sont des hommes qui serviront de signes. Voici, je ferai venir mon serviteur, le germe.
Zacharie 6:12 Tu lui diras : Ainsi parle l’Eternel des armées : Voici, un homme, dont le nom est germe, germera dans son lieu, et bâtira le temple de l’Eternel.

La postérité d'Abraham aux yeux de Dieu n'est pas le produit exclusif issu de ses reins, mais également de sa foi. La semence d'Abraham se reconnaît dans ce qu'elle possède en elle la vie, la vie éternelle. Implicitement le livre de la Genèse dévoile le contour de l'héritier légitime : Il sera fils d'une promesse, de la Parole de Dieu et même un objet de sacrifice. Le fils qui absorbera dans son intégralité toutes ces composantes sans restriction, celui seul héritera du pays et portera en lui l'héritage de son père.

samedi 30 juillet 2016

Pâques ou Pâque ? (partie 8)

Les circonstances vont conduire Abram en Égypte où il va prendre la mesure de la présence de ce dieu nouveau qu'il honore désormais. Quand Abram entre en Egypte il craint pour sa vie à cause de la beauté de Sarah. Sa foi en Dieu est encore très mince et il faudra l'intervention divine directe pour le convaincre de l'existence réelle de ce dieu qu'il connaît à peine. A cause de sa très belle femme que pharaon convoite, toute la maison de pharaon est alors maudite. Abram prend conscience peu à peu de la puissance de ce Dieu qui surpasse celle des dieux égyptiens et du pharaon Amenemhat Ier qui régnait à cette époque-là. Amenemhat Ier, comme Sargon d'Akkad, était un usurpateur qui succède au pharaon de la dynastie précédente et fondera sa propre dynastie, la XIIe. Il régna de -1991 à -1962.

Amenemhat Ier termine la réunification des "Deux Terres" en luttant contre les derniers prétendants de la XIe dynastie. Il élimine un ultime concurrent au trône, Ségerséni, qui s'était fait reconnaître dans l'extrême Sud du pays et dans quelques villes de Nubie contrôlées jadis par l'Égypte. Il met fin aux troubles politiques et prend Itchaouy (Licht) "Celui qui saisit les Deux Terres" comme capitale, délaissant Thèbes. Ce pharaon ramène la paix dans une Égypte réunifiée en mettant fin à la guerre civile. C'est un homme fort, ambitieux et déterminé.

En vue de légitimer son pouvoir, Amenemhat Ier inspire la rédaction de la prophétie de Néferty, document censé dater du roi Snéfrou, dans lequel un mage annonce que l'Égypte sera sauvée du chaos par un roi Amény venu de Haute-Égypte :« Il viendra alors un roi, venu du sud appelé Ameny, fils d'une femme de Ta-Sety né dans Khen-Nekhen. » Mais ce texte n'a rien de prophétique, puisque les versions les plus anciennes dont on dispose datent précisément du règne d'Amenemhat, il indique cependant clairement l'origine du roi : Khen-Nekhen est une localité située dans le premier nome du sud et Ta-Sety qui est rattaché à sa mère, qualifie l'actuelle Nubie égyptienne. Cette fausse prophétie est un moyen grossier, mille fois utilisé par nombre de rois, pour donner une légitimité divine à leur accession au trône.

Le père d'Amenemhat, Sésostris, qualifié de « père divin » selon une inscription à Thèbes, était un prêtre de la XIe dynastie. C'est lui, qui jouant de sa position dans le clergé a certainement apporté le soutien de celui-ci à l'usurpateur, sinon l'accession au trône eut été impossible. Car la monarchie pharaonique a développé dès ses origines un discours idéologique basé sur la symbolique de l'union des Deux-Terres (Haute et Basse-Égypte). Chaque pharaon est ainsi le garant d'une unité égyptienne voulue et instituée par les dieux. La lutte d'Amenemhat pour la réunification de l'Égypte s'inscrit donc dans la croyance de la volonté de ses dieux. Lors du couronnement, la puissance royale se matérialise par l'obtention d'emblèmes magiques (couronnes, coiffes, sceptres) et l'élaboration d'une titulature sacrée. Le pouvoir divin de Pharaon est par la suite régulièrement confirmé ; chaque année à l'occasion du Nouvel An et plus fastueusement lors de la fête jubilaire des trente ans de règne. Selon la mythologie monarchique, le trône d'Égypte a été institué par le démiurge. Il le transmit ensuite aux dieux ses successeurs, puis à des êtres semi-divins, les Suivants d'Horus qui, dans les listes royales, précèdent immédiatement les rois historiques. Pharaon est donc considéré comme un dieu vivant.

Une fois de plus on se rend compte que la religion et le clergé sont des instruments politiques largement utilisés par les rois pour légitimer leur pouvoir. On comprend alors que lorsque la maison de pharaon est frappée de malédiction à cause d'Abram et Sarah, que pharaon se débarrasse le plus vite possible d'Abram et de sa femme, car c'est l'édifice politico-religieux de l'Égypte qui est mise en péril. Car si un dieu étranger frappe de malédiction le dieu vivant de l'Égypte, c'est que forcément ce dieu est plus grand que ceux de l'Égypte et cela fait désordre. "Abram remonta d’Égypte vers le midi, lui, sa femme, et tout ce qui lui appartenait, et Lot avec lui. 2  Abram était très riche en troupeaux, en argent et en or." Genèse 13

Le fait qu'Abram "remonte" vers le midi qui est le nom du Néguev biblique, tend à prouver qu'il part bien de la capitale située au centre du pays pour remonter vers le nord en suivant le Nil. Pendant qu'il retourne vers la terre promise, Abram doit certainement se poser bien des questions sur ce Dieu très puissant qui l'accompagne et sur Lot. Il pend alors une décision: ne resteront dans sa maison que ceux qui honorent son Dieu.

"3  Il dirigea ses marches du midi jusqu’à Béthel, jusqu’au lieu où était sa tente au commencement, entre Béthel et Aï, 4  au lieu où était l’autel qu’il avait fait précédemment. Et là, Abram invoqua le nom de l’Éternel." Genèse 13. En ce lieu isolé, Abram prend une décision difficile pour lui, il va se séparer de son neveu Lot qu'il considérait comme son propre fils. Certainement Lot ne fait pas de l'Éternel son Dieu, car Abram invoque seul le nom de l'Éternel. Lot ne peut donc pas lui succéder et s'inscrire dans la promesse d'un dieu qu'il ignore. Le choix d'Abram fut certainement extrêmement douloureux pour lui, mais il le fit quand même pour rester fidèle à ses croyances, car sinon toute sa maison serait retournée à l'idolâtrie de sa famille paternelle. Genèse 13 : 8  Abram dit à Lot : Qu’il n’y ait point, je te prie, de dispute entre moi et toi, ni entre mes bergers et tes bergers ; car nous sommes frères. 9  Tout le pays n’est-il pas devant toi ? Sépare-toi donc de moi : si tu vas à gauche, j’irai à droite ; si tu vas à droite, j’irai à gauche.

Après cette douloureuse décision qui dût lui déchirer le cœur, Abram se retrouve seul avec Sarah dans une région relativement isolée de tout. A la peine s'adjoint alors la solitude, qui devient toujours plus pesante au fil du temps qui passe. C'est alors qu'Abram eut un nouveau songe: Genèse 13 : 14 L’Éternel dit à Abram, après que Lot se fut séparé de lui : Lève les yeux, et, du lieu où tu es, regarde vers le nord et le midi, vers l’orient et l’occident ; 15  car tout le pays que tu vois, je le donnerai à toi et à ta postérité pour toujours. 16  Je rendrai ta postérité comme la poussière de la terre, en sorte que, si quelqu’un peut compter la poussière de la terre, ta postérité aussi sera comptée. 17  Lève-toi, parcours le pays dans sa longueur et dans sa largeur ; car je te le donnerai. 18  Abram leva ses tentes, et vint habiter parmi les chênes de Mamré, qui sont près d’Hébron. Et il bâtit là un autel à l’Éternel.

Désormais Abram voue un culte régulier à l'Éternel et dresse des autels partout où il s'installe. Comparée aux grandes civilisations qui la côtoient, la région de Canaan n'est pas une région facile à vivre. Outre le climat plutôt rude, les gens qui y vivent ne l'étaient pas moins. À propos des Cananéens, Moïse précisera plus tard : “ C’est à cause de la méchanceté de ces nations que Jéhovah ton Dieu les chasse de devant toi. ” Deutéronome 9 : 5. L’immoralité sexuelle, l’idolâtrie et les sacrifices d’enfants étaient des pratiques courantes en Canaan. Un ouvrage relate que les archéologues ont trouvé dans la région “ un grand nombre de jarres contenant les restes d’enfants qui avaient été sacrifiés à Baal [un des dieux préférés des Cananéens]. Toute la zone environnante s’est révélée être un cimetière pour enfants nouveau-nés. [...] C’est ainsi qu’adoraient les Cananéens, en s’abandonnant à l’immoralité en présence de leurs dieux, comme s’il s’agissait d’un rite religieux et en tuant leurs enfants premiers-nés, comme un sacrifice à ces mêmes dieux. Il semble que, dans une large mesure, le pays de Canaan était devenu une sorte de Sodome et Gomorrhe à l’échelle nationale. [...] Après avoir présenté Baal et sa parèdre Aschtoreth comme les principales divinités du panthéon cananéen, le Manuel biblique de Halley (angl.), édition révisée, déclare: “Les temples de Baal et d'Aschtoreth étaient généralement associés. Les prêtresses et les sodomites étaient des prostitués sacrés. Le culte de Baal, d'Aschtoreth et d'autres dieux cananéens consistait en des orgies sans nom; leurs temples étaient des centres de dépravation.” On a mis au jour un “grand nombre de sculptures et de plaques gravées représentant Aschtoreth dotée d'organes génitaux hypertrophiés de façon obscène, tous objets destinés à exacerber la sensualité. Les Cananéens adoraient donc leurs dieux en pratiquant devant eux des actes immoraux qui avaient valeur de rite religieux, et en assassinant leurs premiers-nés, qu'ils offraient en sacrifice à ces mêmes dieux”. - Pages 166, 167.

Expliquant plus tard aux Israélites pourquoi il expulsait les Cananéens, Dieu leur déclara: “Ne vous rendez impurs par aucune de ces choses, car c'est par toutes ces choses que se sont rendues impures les nations que je chasse de devant vous. Aussi le pays est-il impur, et je ferai venir sur lui la punition pour sa faute, et le pays vomira ses habitants.” Par la suite, il leur donna cet avertissement sans ambiguïté: “Et vous devrez garder toutes mes ordonnances et toutes mes décisions judiciaires et les pratiquer, pour que ne vous vomisse pas le pays où je vous mène pour y habiter.” - Lévitique 18:24-26; 20:22.

Canaan était donc un patchwork de royautés dont les pratiques religieuses détestables étaient à vomir. Outre leur cruauté et perversité, les rois locaux se faisaient la guerre en permanence et les alliances de circonstances se faisaient et défaisaient rapidement. Et c'est dans ce pays que Dieu envoie Abram…

Le début du chapitre 14 raconte une guerre entre deux coalitions de rois, chapitre où le mot ‘’guerre’’ apparaît pour la première fois dans la Bible. La localisation des trois premiers rois montre que ces coalisés viennent de la Mésopotamie. "1 Dans le temps d’Amraphel, roi de Schinear, d’Arjoc, roi d’Ellasar, de Kedorlaomer, roi d’Elam, et de Tideal, roi de Gojim, 2  il arriva qu’ils firent la guerre à Béra, roi de Sodome, à Birscha, roi de Gomorrhe, à Schineab, roi d’Adma, à Schémeéber, roi de Tseboïm, et au roi de Béla, qui est Tsoar." Genèse14. Nous  retrouvons les noms de royaumes très anciens, Sumer, une ville Etat de la Babylonie, Elam et des nations non identifiées. Ce détail historique est important, car il colle encore une fois à la réalité. Après la chute d'Ur, la Mésopotamie ne connaît plus d'empire et se fragmente en royaumes divers. Elle ouvre la période paléo-babylonienne qui est une période de l'histoire de la Mésopotamie, qui va de 2004 à 1595 av. J.-C. selon la chronologie moyenne. Elle débute et s'achève par la chute de deux grands empires, respectivement la Troisième dynastie d'Ur et la Première dynastie de Babylone. Là se forme un nouvel espace qui, malgré des particularismes régionaux, présente une évidente unité autour de divers traits culturels, notamment linguistiques, religieux, fortement marqués par les traditions antérieures (surtout celle de la Mésopotamie des Sumériens et premiers Akkadiens), mais aussi avec quelques particularités dues en partie aux pratiques propres aux Amorrites, qui gardent des traces de la vie nomade, de l'organisation en tribu, même chez ceux qui se sont sédentarisés et ont pris le pouvoir dans les anciennes cités proche-orientales. Au contact de ce monde se situent plusieurs régions ayant leurs propres particularités, peuplées par des populations non sémitiques, comme les Élamites, Hittites, Hourrites, Gutis. Une coalition de rois culturellement proche est donc vraisemblable pour faire quelques razzias en Canaan considéré comme barbare et facile à piller.

C'est dans ce contexte qu'Abraham apprend que Lot est victime d'une razzia. N'écoutant que son courage, il arme ses serviteurs et par une action audacieuse nocturne réussit à récupérer Lot et le butin pris par ses agresseurs. En ramenant Lot chez lui, le roi de Sodome en voyant la petite troupe revenir doit penser à un nouvel éventuel raid et sort à sa rencontre. Dans le contexte biblique, cela signifie qu'il se range en bataille contre Abram. Cette fois il fait jour, nous sommes en rase campagne et l'effet de surprise est nul. De surcroît le roi de Sodome est largement motivé par le fait que c'est des personnes liées aux familles de sa ville qu'Abram ramène au milieu de sa petite troupe. Ce malentendu pourrait réserver un sort funeste à Abram et son histoire s'arrêter dans la vallée de Schavé. Il faut ici souligner la dimension symbolique donnée aux noms des rois de Sodome et Gomorrhe. Le roi de Sodome porte le nom de Béra, qui signifie "fils du mal" et le roi de Gomorrhe est nommé Birsha, "dans la malfaisance". Ce ne sont pas des tendres et ils sont portés naturellement à faire le mal. Le chapitre 14 est donc dans son contexte une allégorie du combat entre le bien et le mal, du Ciel contre la Terre, comme le rappelle le troisième roi de la coalition, Adma, un nom formé avec les trois consonnes du nom d’Adam, l'adama, la terre ou encore le terrestre, celui qui n'est pas spirituel. Si on l'associe au quatrième roi Béla (destruction) de Tsoar, le tableau est plus que parlant. Les noms des coalisés sodomites donnent un relief spirituel qui apporte tout son sens au nouveau roi qui vient.

Un fait étrange va modifier le sort de la bataille qui se prépare. Dans la plaine à proximité de la ville de Sodome, une troisième troupe s'interpose et fait dresser une tente à son roi, qui se présente comme étant celui qui veut éviter le conflit, Melchisédek: soit roi de justice (tsédeq) et de paix (salem). Il est fort probable que c'est le contexte qui motive le nom de cet étrange intrus, où deux troupes très inégales se préparent à la guerre en se faisant face dans une ambiance mortelle. Melchisédek n'est pas seul, car il offre (littéralement "il fait sortir") un repas de pain et de vin. Le but étant de rassembler les protagonistes autour d'un repas, afin d'apaiser les tensions par la discussion. Genèse 14 : 18  Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était sacrificateur du Dieu Très-Haut.19  Il bénit Abram, et dit : Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut, maître du ciel et de la terre ! 20  Béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains ! Et Abram lui donna la dîme de tout.

Melchisédek a toutes les caractéristiques du Messie à venir, car en ce temps-à il n'existait pas de royaume terrestre où l'on adorait le Dieu Très-Haut. Melchisédek ne peut être que la représentation physique du Roi du Royaume des cieux. Abram ne le sait pas encore, mais il vient de voir Dieu face à face dans sa forme humaine. Il apprend alors qu'il fut victorieux dans la bataille pour ramener Lot, uniquement parce que Dieu fut avec lui et le protégea. Cela signifie que le Dieu Très-Haut marche avec Abram. Face à son ennemi le roi de Sodome Béra, qui signifie "fils du mal", Melchisédek comme figure du Messie représente son opposition parfaite comme "fils de Dieu" qui bénit Abram. Pour Satan personnifié par le roi de Sodome l'affaire s'arrête là, car Abram est désormais intouchable, parce que Dieu Lui-même s'interpose entre eux. Mais c'est la suite qui va sceller le sort de Sodome.

Abram reconnaît en Melchisédek la figure du Dieu Très-Haut et prélève dans le butin un dixième qu'il offre en don à l'Éternel. Tout cela se passe sans que le roi de Sodome ne puisse dire ou faire quelque chose. Dans son for intérieur cela doit être la consternation, car c'est sur ses richesses que l'offrande est prélevée. Le roi de Sodome devient le témoin forcé de l'union qui se forme entre Abram et Dieu. Le diable doit être fou de rage et est totalement humilié face au nomade Abram qui vient de défaire une des plus puissantes coalitions armées du monde et qui de surcroît vient comme pour le narguer faire une offrande de son butin sous le nez du roi qui a été pillé. La réaction du roi de Sodome est plus dans le ton que la forme qu'un texte écrit ne peut traduire.

Genèse 14 : 21 Le roi de Sodome dit à Abram : Donne-moi les personnes, et prends pour toi les richesses. 22  Abram répondit au roi de Sodome : Je lève la main vers l’Eternel, le Dieu Très-Haut, maître du ciel et de la terre: 23  je ne prendrai rien de tout ce qui est à toi, pas même un fil, ni un cordon de soulier, afin que tu ne dises pas : J’ai enrichi Abram. Rien pour moi ! 24  Seulement, ce qu’ont mangé les jeunes gens, et la part des hommes qui ont marché avec moi, Aner, Eschcol et Mamré: eux, ils prendront leur part.

D'un ton impératif et plein de mépris Béra le "fils du mal" laisse à Abram les richesses, puisqu'il préfère les donner à son "fils de Dieu" plutôt qu'à lui. Mais exige les personnes pour lui. Sachant qu'il n'y avait pas que des gens de Sodome dans la troupe ramenée, on peut se faire une idée du sort réservé à ceux qui n'étaient pas originaires de la ville. Cette attitude outrage Abram, car cela équivaut à une insulte de Melchisédek sous sa propre tente. Cette attitude révoltante met Abram en colère, il se lève en élevant sa main au ciel, ce qui l'agrandit encore plus face à ceux qui sont assis à ses côtés. Face à des rois assis, cette posture est un défi, une provocation et en d'autres circonstances cela aurait provoqué une guerre. Mais prenant Dieu à partie, c'est Abram qui impose ses exigences au roi de Sodome. Sur ce, la discussion est close et Abram s'en va. Ce qui est en soi un autre geste de défi face à un roi. Reste face à face Melchisédek et Béra qui doit copieusement insulter Abram et par la même occasion indirectement celui qui l'a béni. Seulement voilà, Béra ignore une chose, c'est que celui qui se tient à côté de lui est également celui qui dans un songe à dit à Abram: " je maudirai ceux qui te maudiront…" Gen 12 : 3. Le sort de la ville de Sodome et de son roi est désormais scellé!

jeudi 14 juillet 2016

Les deux témoins de l'Apocalypse comme agents d'intrication (partie 14)

Dans la vallée des ossements chrétiens, un silence de mort règne après que les derniers échos de la cinquième trompette se furent estompés. La page de la tétrade 2015 est désormais tournée et bien peu de gens y prêtèrent attention. De toute façon tout ce que l'on pourrait lire dans les Lettres à l'Epouse ne sont que fadaises et contes à dormir debout, balivernes, etc. L'Europe représentant la bête de l'Apocalypse, ridicule, le pape comme faux prophète, hérésie, des cycles de 7 ans structurant les prophéties apocalyptiques menant aux deux témoins, balivernes, etc.

Cependant, nous avons vu que le rebond des galets produit des effets qui restructurent le monde au fur et mesure que l'on progresse dans le temps. Comme ils se rapprochent l'un de l'autre, les effets des ondes produites sur la surface de la mer des peuples interagissent en se mêlant les unes aux autres. Les ondes de choc provoquent alors des crises politiques, économiques ou religieuses toujours plus fréquentes et accentuées. Dans un autre registre, on dirait que les douleurs de l'enfantement se mesurent au rythme et à l'intensité des contractions. Avec le temps, les crises deviennent permanentes et on y prête même plus garde.

Il faut garder à l'esprit que l'Histoire ne s'organise pas dans le chaos, mais que c'est Dieu qui définit les temps qui sont impartis à chacun. Dans la mer eschatologique de la fin des temps où notre barque monte et descend en permanence, ce n'est pas la mer et ses vagues qu'il faut regarder, mais le phare qui au loin émet son signal de manière régulière. Le phare dans notre contexte ce n'est pas le Christ, car Il est le rocher, mais l'esprit du prophète qui du haut de sa tour placée sur ce même rocher, émet une lumière dans la nuit pour guider ceux qui sont perdus sur une mer démontée en pleine nuit. Or quels signaux le Seigneur nous donne-t-il dans ces temps troublés? Ils sont forts, mais cachés dans la masse d'informations qui nous inondent chaque jour et il faut une véritable révélation pour mettre en lumière le geste divin. Voyons cela.

Le Brexit un véritable tremblement de terre

Le Brexit est une abréviation de "British Exit", évoquant l'hypothèse d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, faisant référence au "Grexit" évoqué durant l'été 2015 lors de la crise grecque. À la différence du "Grexit", où la mise à l'écart de la Grèce de la zone euro (et non de l'Union européenne) pouvait être envisagée comme une sanction envers le pays, il s'agit dans le cadre du "Brexit" d'un départ volontaire de l'Union. Le 23 janvier 2013, le Premier ministre - et candidat à sa succession - David Cameron annonce qu'il organisera un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne.  Celui-ci a eu lieu le 23 juin 2016. Selon les résultats définitifs publiés le lendemain matin, les Britanniques ont choisi de quitter l'Union européenne avec 51,9% des voix.


La sortie des Britanniques de l'Union est surtout la victoire d'un homme, Nigel Farage qui s'est battu seul contre le système pendant des années. Peu croyaient en sa victoire, surtout pas les marchés. Raillé et voué aux Gémonies depuis qu'il a créé un parti pour l'indépendance du Royaume uni (UKIP), qu'il dirige de 2006 à 2009 et depuis 2010. Il est député européen depuis 1999 et coprésident du groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD) au Parlement européen. Il est connu pour diverses déclarations politiques où, tout en se prononçant en faveur d'une vraie démocratie et du respect de la voix des peuples, il exprime son euroscepticisme avec une verve qui lui vaut des réactions fortes et parfois même une haine féroce. Réuni en urgence pour débattre d’une résolution après le referendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le Parlement européen a assisté à un échange agité entre Nigel Farage et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. «N’est-il pas drôle, quand je suis venu ici il y a 17 ans en disant vouloir mener une campagne pour faire sortir le Royaume-Uni de l’UE, vous avez tous ri de moi. Vous ne riez plus maintenant, n’est-ce pas?», a fanfaronné Nigel Farage, qui est déjà revenu sur une des principales promesses de la campagne en faveur du Brexit. «Je fais une prédiction: le Royaume-Uni ne sera pas le dernier Etat membre à quitter l’UE», a-t-il poursuivi, assumant les huées des députés européens.

La victoire de Farage semble marcher contre le cours de l'Histoire de l'Union. Pour une fois, la vraie démocratie, celle du peuple souverain, n'a pas été bafouée par l'UE qui ne supporte que les élections en sa faveur. Dans un pays comme la France où l'oligarchie tient les médias, la campagne médiatique britannique n'aurait pas été possible, où de nombreux journaux ont milité pour la sortie de l'Union. En 2001, Jean-François Kahn expliquait que : « les journalistes, dans leur immense majorité sont issus du même milieu, formés à la même école, fréquentant les mêmes espaces, porteurs des mêmes valeurs, imprégnés du même discours, façonnés par la même idéologie, structurés par les mêmes références, ayant souvent connu la même évolution ou le même cursus, et ils finissent pas penser presque tous pareils ». Ils sont devenus les "Chiens de garde" du système et un véritable instrument antidémocratique par leur désinformation massive ou simplement en ignorant volontairement certaines informations qui n'existent plus que par le biais de sites alternatifs. Avec le Brexit l'Europe comme instrument du capital et des multinationales, vient de prendre un sérieux coup. L’étendue du despotisme financier étant inversement proportionnelle à l’étendue du contrôle dont il fait l’objet, il est dans sa nature d'exiger le déni de la souveraineté populaire et la mise hors jeu de la délibération démocratique, comme le démontra le président de Goldman Sachs exigeant l'annulation du Brexit.

La marque du divin

Malgré tout le Brexit eut lieu contre vents et marées, provoquant une secousse de grande ampleur sur tout le continent et un raz de marée financier qui va parcourir le monde entier le 24 juin 2016. Les bourses chutent et les monnaies tanguent, obligeant les banques centrales à des interventions massives. Or le 24 juin 2016 est une date symbole qui intervient après une autre très importante, celle du précédent krach boursier du 29 septembre 2008 et ses 777,7 points de perdus en un jour. Entre le 29/09/2008 et le 24/06/2016, il s'est écoulé 2825 jours, soit 7 ans, 8 mois et 25 jours. Cela donne donc 7 ans, 7 mois + 56 jours soit 7 semaines + 7 jours. Si on décompose on obtient:
7 ans, 7 mois, 7 semaines et 7 jours après le précédent krach boursier.

Comme il n'y a qu'une chance sur des millions pour arriver à un tel résultat, le marqueur des 7 ne peut être que divin. Le décompte se faisant à partir du 29 septembre 2008, on est en droit de se questionner également sur cette date. Le 30 septembre correspond à la fête des trompettes, 4ème fêtes de l'Eternel, mais comme on célèbre la fête au coucher du soleil de la veille, on se retrouve bien sur notre calendrier le 29 septembre. On peut donc légitimement considérer que le shofar divin de la 4ème trompette de l'Apocalypse a raisonné au jour symbolique de cette même fête des trompettes. À l'époque j'avais commencé à écrire mes premiers articles des Lettres à l'Epouse et j'avais noté le 10/10/2008:
Depuis le jour des trompettes et celui des expiations, les évènements qui s’enchaînent doivent nous interpeller, car ils sont lourds de sens.
-Adoption du plan Paulson pour 700 milliards.
-7 banques centrales abaissent brutalement leur taux pour enrayer la chute des Bourses
-Wall Street chute de plus de 7% pour la septième fois consécutive.
-Aujourd’hui Les Etats-Unis accueillent en position d’accusés un G7 de crise


Avec du recul, je comprends mieux pourquoi le Seigneur m'a poussé à écrire en ayant une vision spirituelle sur les évènements d'actualité à partir de fin 2007. Désormais des archives existent et vont certainement servir dans l'avenir comme support historique pour la suite des évènements eschatologiques. J'avais déjà à l'époque l'intuition qu'il me faudrait mon propre support historique, car le net est trop volatil et filtre trop les informations pour être objectif dans sa pertinence. Des sites comme Voxdei ont disparu et avec eux des commentaires et informations précieuses. Mais j'avais anticipé ce problème, car le site était trop ambigu dans son approche spirituelle pour être soutenu par l'Esprit Saint. Désormais peu importe, les archives sont scellées dans les Lettres à l'Epouse et les sites "aspirés" et mis à l'abri en cas d'effacement externe. Dans ce timing divin je suis heureux que les premiers articles sur les trompettes de l'Apocalypse aient été écrits avant la date du Brexit, car sinon on m'aurait soupçonné de faire coller les dates a posteriori et là comme les articles sont datés et non révisés, les choses devraient être claire pour tout le monde religieux. Comme je suis le seul à développer mon sujet comme je le fais, sans me soucier de l'audience ou de l'approbation de quiconque, le champ de la focale biblique se réduit d'autant, éliminant de facto tout ce qui ne s'inscrit pas dans mes correspondances. Désormais les choses sont devenues trop complexes et imbriquées pour être décorrélées du contexte global du champ de lecture des Lettres à l'Epouse. Bref, le site et les blogs ne sont pas solubles dans la pensée chrétienne ou juive et c'est volontaire si on veut qu'elles évoluent.

J'avais interrompu en mars 2016 mon étude sur les deux témoins comme agents d'intrication, car à partir du chapitre 13 l'Histoire biblique s'inscrit dans l'actualité présente et il convient désormais de suivre pas à pas l'évolution eschatologique de la cinquième trompette dans notre quotidien. Nous avons vu dans les chapitres précédents que le temps de la Pentecôte est achevé et que les forces démoniaques sont libérées pour exercer une autorité totale sur le monde, particulièrement le monde chrétien. La déchristianisation du monde occidental peut être mesurée dans le comportement totalement amoral et même immoral du secteur de la finance ou politique qui structurent notre monde moderne. Cette montée en puissance du mal qui tend à l'absolu, est ce qui structure la bête de l'Apocalypse. Nous obtenons alors un empire diabolique avec l'Antéchrist à sa tête.

Avec le Brexit une sorte de touche finale est mise à la prophétie, dans le sens où la bête entre dans ses frontières terrestres définitives. "La bête que je vis était semblable à un léopard ; ses pieds étaient comme ceux d’un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité." Apocalypse 13:2 L'ambiguïté du lion britannique, qui était encore il y a peu intégré dans l'Union, est levée et donne désormais au léopard sa forme finale. La gueule du lion britannique et les pattes de l'ours russe forment des autorités distinctes qui ne s'intègrent pas vraiment dans la bête, mais définissent par contre ses frontières Est et Ouest.

La fin de l'âge de la Pentecôte donne corps à la bête de l'Apocalypse, qui entre dans sa phase finale. Elle a désormais un corps économique avec une monnaie, l'euro. Il lui faut maintenant une âme politique forte qui contrecarre les forces centrifuges nationalistes qui tendent à la sortie de l'Union. Cette âme politique va être incarnée progressivement par un homme qui s'élèvera en autorité, jusqu'à régner avec une poigne de fer au-dessus des institutions qui lui seront soumises. Quand l'illusion de la démocratie aura disparu en Europe, alors l'Antéchrist en tant qu'homme sortira de l'ombre avec comme caution morale et religieuse le pape de Rome. Dans la crise économique en développement actuellement et qui s'achèvera dans la troisième guerre mondiale, un pays disparaîtra pour faire place à la bête, l'Amérique comme superpuissance mondiale. La route est désormais tracée.

vendredi 10 juin 2016

Pâques ou Pâque ? (partie 7)

Abram ou la renaissance spirituelle

Térach ne suivra pas l'ordre de l'Eternel d'aller à Canaan. Sans doute n'en comprend il pas les motifs, car dans la région de Canaan il n'y a rien, pas de grande ville, pas de civilisation développée et c'est au mieux une région de routes de passage entre l'Afrique et l'Asie. Or pour quelqu'un qui vit dans la logique du dieu Lune tout puissant, cela reviendrait à trahir ses croyances pour partir à l'aventure. Or le dieu Sin semblait leur être favorable, puisqu'il prospérait dans la ville. Abram partira avec : "sa femme, et Lot, fils de son frère, avec tous les biens qu’ils possédaient et les serviteurs qu’ils avaient acquis à Charan." Gen 5 : 12. Si le fils part avec tant de biens, a fortiori le père devait en posséder bien plus. La suite de l'histoire nous apprend qu'Abram était riche en troupeaux, ce qui devait être le commerce développé dans la famille de Térach. Or la chose n'est pas incompatible avec la piété de Térach et sa fidélité à Sin, car les offrandes au dieu étaient souvent faites en dons d'animaux sacrificiels ou pour le clergé qui les gardait au nom du dieu. Les pèlerins ou les marchands de passage achetaient donc souvent sur place les animaux qu'ils offraient en don au dieu, ce qui assurait la prospérité de Térach. Quitter la  ville, revenait à se couper de cette source potentielle de richesse.

Après la chute d'Ur, Haran devint la première ville en Mésopotamie dédiée au culte de Sin, qui était en ce temps-là le dieu principal du panthéon mésopotamien. La ville devient de facto alors une ville pèlerinage et de passage important pour le commerce. Un hymne sumérien dédié à l'aspect fertilisateur de Nanna/Sin décrit longuement les vaches constituant son troupeau, qui se comptent en centaines de milliers et lui procurent de grandes richesses à partir desquelles il offre ses bienfaits au monde. Dans les faits, l'ancien temple d'Ur disposait effectivement de milliers de têtes de gros bétail. Le développement du troupeau de Sin sur la Terre était donc le signe visible de la bénédiction du dieu qui vivait dans son temple.

Les Vaches de Sîn

Comme elles sont nombreuses !
Comme les vaches sont nombreuses !
Comme le bétail de Su'en est nombreux !
Celles qui sont sombres sont en lapis-lazuli translucide ;
celles qui sont pâles sont la lumière de la lune naissante.
Celles qui sont petites glissent comme des grains d'orge pour toi ;
celles qui sont grosses se pressent les unes contre les autres comme des taureaux sauvages pour toi.
La Gloire du Ciel (épithète de Nanna/Sîn) a enlevé les colliers des nombreuses vaches de son troupeau grouillant.
Il a amené le lait des magnifiques vaches en abondance pour les tables d'offrandes
Ses mains brillantes versent du lait en permanence.


Si Nanna/Sîn apparaît dans diverses prières de pénitents cherchent à savoir quelle faute ils ont commis pour s'attirer un malheur qui les touche, comme c'est le cas pour tous les autres grands dieux, il est plus particulièrement invoqué dans des cas liés à son rôle de dieu de la fertilité. Un rituel visant à aider l'accouchement difficile d'une femme enceinte est ainsi placé sous les auspices du dieu lunaire, et une longue prière assimile la parturiente à Geme-Sin (« femme-esclave de Sin »), une vache du troupeau de Nanna/Sin ayant du mal à mettre bas :

Prière à Sîn pour une parturiente

Lorsque à terme furent les jours, et, achevés, les mois,
la Vache devint de plus en plus nerveuse,
Son berger était préoccupé et, irrités, tous les jeunes pâtres,
À sa plainte, à son cri de délivrance, Nanna est atterré
Sîn, dans les cieux, entendit son cri ; il leva au ciel sa main :
deux anges célestes descendirent, l'un portait de l'huile de flacon,
l'autre fit descendre les eaux de délivrance.
(Le premier) toucha son front de l'huile du flacon,
(l'autre,) des eaux de délivrance aspergea tout son corps.
Une deuxième fois, il toucha son front de l'huile du flacon,
(et l'autre,) des eaux de délivrance aspergea tout son corps.
Lorsqu'on toucha pour la troisième fois,
le Veau, comme un faon de gazelle, tomba sur le sol
et au Veau, (la Vache) donna pour nom celui d'Amar-ga (« Veau de lait »)
De même que Geme-Sîn a normalement (ainsi) enfanté,
qu'enfante de même cette jeune femme dans les douleurs,
que la sage-femme n'ait pas d'obstacle, que la prégnante aisément se délivre !


Pour Abram cet aspect du dieu Lune lui causait bien des soucis, car sa femme était stérile et le dieu Sin ne répondait à aucune de ses prières pour la rendre féconde. Il prend alors son neveu Lot dans sa maison comme son fils. C'était une manière de compenser la stérilité de Saraï sa femme. Mais la présence de Lot n'effaçait pas l'amertume de la stérilité du couple. Pour ce couple très pieux qui portait les noms théophores des dieux qu'ils adoraient, la stérilité de Saraï était d'autant plus difficile à supporter, que l'histoire du dieu Sin avec sa parèdre Ningal était empreinte d'amour passionné et fécond.

Ningal, était la fille bien-aimée de Ningikuga, la déesse des roseaux et d'Enki, le dieu de la magie, de l'artisanat et la Sagesse. Pour bien comprendre qui est Ningikuga, il est nécessaire de revenir en arrière dans le temps dans la partie méridionale de la Mésopotamie, où les gens ont commencé à coloniser la région en construisant les premières cabanes pour le logement et les temples des dieux avec des roseaux qu'on liait ensemble pour en faire des piliers, les arbres étant rares dans la région du delta. La première colonie identifiée dans le sud de la Mésopotamie était Eridu, ville dédiée à Enki, où « la royauté descendit du ciel sur la terre". Ningikuga est donc une déesse très ancienne, qui nous raconte les débuts de la vie organisée, une fois que les roseaux ont été utilisés pour construire des maisons, des temples, des meubles, des radeaux ou des clôtures. Sa relation avec Enki remonte donc au début de la vie urbanisé à Sumer. Leur fille, Ningal, est dite être jeune et jolie, ainsi que de posséder le don de dévoiler le sens énigmatique des visions, mais surtout des rêves qu'on transcrivait dans des poésies. Ningal est donc la déesse de l'interprétation des songes nocturnes et de la divination, une fille réservée vivant avec sa mère dans les roseraies fertiles du sud de la Mésopotamie, jusqu'à ce qu'elle tombe amoureuse de Nanna et devienne sa femme. La sagesse de Ningal, associée à la fertilité de Nanna, visaient à expliquer le principe civilisateur des Sumériens et leur prospérité. Ainsi la famille des dieux mésopotamiens, accompagne-t-elle le développement de Sumer. Enki et Enlil font les hommes, Ningikuga aide à la fondation des premières villes, puis lorsque celles-ci sont établies en cités Etats, le dieu Lune Nanna/Sin et sa parèdre Ningal prennent le pouvoir pour en assurer la prospérité. Quand enfin vient le temps des rivalités et des guerres entre les cités, puis des premiers royaumes, les conflits prennent toujours plus d'ampleur et c'est Ishtar comme déesse de la guerre qui est alors hissée au sommet du panthéon. Dans ce schéma rapidement brossé de la religion sumérienne, on se rend aujourd'hui facilement compte de la manière relativement fruste dont on comprend le fonctionnement du monde il y a des millénaires. La religion est rapidement devenue un instrument entre les mains du pouvoir royal qui se divinise et du clergé qui l'instrumentalise. Pour donner plus de vie et de consistance à tout cela, la seule adoration de statues inertes dans de grands temples ne suffit pas. Des oracles par des signes et des songes, viennent alors apporter la parole des dieux au milieu des hommes et c'était souvent les grandes prêtresses de Ningal qui jouaient le rôle d'interprète de la déesse. On comprend aisément pourquoi tous les rois plaçaient leurs filles à ces postes stratégiques dans les grands temples. Par leurs voix parlaient les dieux et accessoirement leurs pères qui orientaient le sens des oracles en leur faveur.

Pour les fils de Dieu, que ce soit dans le groupe de Noé resté dans la vallée de l'Ararat ou pour celui de Péleg partie à Ur, le principe de communication entre Dieu et les hommes est globalement identique à celui qui se pratique dans le royaume sumérien. De nombreux signes et songes ont dû prévenir les patriarches de quitter définitivement la Mésopotamie. Concernant Térach et Abram la chose est avérée dans la Bible, mais seul Abram suivra la voix de Dieu traduite ainsi: Genèse 12 : 1 L’Eternel dit à Abram : Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. 2  Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. 3  Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. 4 Abram partit, comme l’Eternel le lui avait dit, et Lot partit avec lui. Abram était âgé de soixante-quinze ans, lorsqu’il sortit de Charan.

A ce stade-là, Abram suit un oracle interprété comme celui des dieux d'Haran. Il emmène Lot comme son fils pour perpétuer son nom et fonder un nouveau royaume en Canaan. La demande divine paraît logique à Abram et Saraï, puisque les songes et la promesse de la prospérité sont l'apanage du couple divin d'Ur et d'Haran. Abram reste fidèle à ses principes et à l'enseignement de son père, et ne se met pas en rupture conflictuelle avec la maison paternelle. Il suit l'oracle des dieux avec la bénédiction de Térach qui lui donne les moyens de fonder son nouveau royaume. Abram part de Haran, en empruntant une route commerciale jusqu’à un gué à Karkémish ; et de Karkémish il bifurqua vers le sud. À la hauteur de Damas, il prit la direction de ce qui fut appelé par la suite la mer de Galilée. Il existait la via Maris, c’est-à-dire la “ Voie de la mer ”, qui passait par Meguiddo et allait jusqu’en Égypte. Mais curieusement Abraham s’enfonça dans les montagnes de la Samarie, et finalement planta ses tentes à Sichem.


L'itinéraire suivi par Abram en dit long sur ses croyances au début de son périple vers Canaan. Il ne suit pas le chemin le plus facile en suivant la côte ou en remontant la plaine du Jourdain. Non, il monte sur les sommets des montagnes où l'on pratiquait habituellement les cultes idolâtres en vigueur dans le pays. Si on revient au contexte de la région du temps d'Abram, Canaan avait quelques villes sur le littoral méditerranéen et le long du Jourdain, mais entre les deux pas grand-chose, car la région n’était pas riche sur le plan agricole et habiter l’intérieur du pays avec ses collines arides, limitait les activités à l’élevage du petit bétail. Pour cultiver quelques céréales, il faut espérer la pluie.

Dans la région il n'y a pas de temple, pour cela il faut aller en Egypte ou revenir en Mésopotamie où existent des villes assez grandes pour les construire et les entretenir. Les dieux locaux sont limités au dieu EL qui vient d’une racine qui signifie premier, il est le père des autres dieux qui forme le pluriel d'El, Elohim. El est donc à prendre dans le sens générique et commun de la divinité en général et Elohim comme l'ensemble du panthéon des dieux, soit la divinité dans une expression plurielle. Pour honorer El, on élève simplement une stèle en prenant un long rocher que l'on redresse de manière très simple, les outils étant rares et chers sur les hauteurs de Canaan. Sa parèdre est Ashera représentée par un arbre ou juste son tronc une fois qu'il est mort. Elle représente la déesse de la fertilité et leur fils Baal est celui qui apporte la pluie. Je résume dans les grandes lignes sans vraiment entrer dans les détails avec les autres dieux mineurs. Les croyances sont donc uniquement liées à ce qui est strictement utile à la survie dans le pays: la vie en général, la reproduction et la pluie. On est très loin des cultes complexes de la Mésopotamie et de leurs temples ziggourats grands comme des montagnes.

On peut aisément se mettre à la place d'Abram et Saraï sa femme qui venaient du phare de la civilisation qu'était la ville d'Ur, avec ses terres cultivées irriguées et riches, ses rues remplies d'artisans, ses palais et nombreux temples, dont le plus grand et le plus beau du monde connu, le temple du dieu Lune. Et qui maintenant cheminaient au milieu de nulle part, dans un pays inconnu peuplé de barbares incultes. Ils cherchent donc des réponses aux nombreuses questions qu'ils se posent tout le long du chemin. Ils demandent donc aux habitants de la région où on peut consulter un oracle. On indique à Abram qu'à Sichem il y trouvera une forêt sacrée où il pourra consulter les oracles. Genèse 12 : 6 Abram parcourut le pays jusqu’au lieu nommé Sichem, jusqu’aux chênes de Moré. Les Cananéens étaient alors dans le pays. 7  L’Eternel apparut à Abram, et dit : Je donnerai ce pays à ta postérité. Et Abram bâtit là un autel à l’Eternel, qui lui était apparu.

Au sens figuré, le mot "moré" en hébreu représente celui qui enseigne, ou le devin, c'est-à-dire celui qui jette les dés pour obtenir de la divinité une thora, une sentence, un oracle. Le chêne de Moré ou élôn môrèh, ce dernier mot n'est pas un nom propre, comme l'entendent la plupart des traductions, mais le qualificatif de élôn, le chêne qui enseigne ou qui rend des oracles, le chêne-devin : le bruissement du feuillage était censé être une manifestation de la divinité (cf. l'oracle de Dodone et 2-Samuel 5 : 24), et un « homme de Dieu » savait l'interpréter; de là la traduction possible : chêne du devin. C'est là nettement le sens, dans Jug 7 :  1, de guibeath hammôrèh (avec l'article) : la colline du devin, très probablement à l'Est de la plaine de Jizréel, qu'on a cru retrouver dans le Djebel ed-Dahi ou Petit Hermon, mais ce n'est pas sûr du tout. Quant au chêne-devin (Ge 12 :6 ), il était près de Sichem que ce même verset donne pour la première station d'Abraham à son arrivée en Canaan. Il est difficile de savoir ce que l'auteur du Deutéronome (De 11 : 30) entend exactement ; mais il y a, à proximité de Sichem, une localité dont le nom arabe de Djoulêdjil correspond tout à fait à l'hébreu Guilgal mentionné dans ce même verset et mis en rapport avec l'Ébal et le Garizim. On peut donc identifier ce chêne-devin-là avec celui de Ge 12 : 6.

Le cheminement spirituel et historique d'Abram est donc parfaitement cohérent avec les données historiques et archéologiques connues à ce jour. L'histoire d'Abram n'est donc pas un mythe, mais une réalité historique inscrite dans la mémoire du peuple juif. A Sichem un nouvel "oracle" annonce une postérité à Abram. Une promesse de cette nature a dû certainement jeter le trouble dans la famille et n'a pas sur le moment été prise comme la promesse d'un fils en ligne directe, mais comme la confirmation que Lot lui succéderait. Abram poursuit donc son chemin sur les hauteurs et s'éloigne de plus en plus des lieux habités et de la civilisation. Ses pas le portent alors jusqu'à un point de vue à l'Est de Béthel où l'on aperçoit la plaine du Jourdain. Il y plante sa tente et reçoit là une révélation qui va le bouleverser et par voie de conséquence, le monde entier. On y prête pas beaucoup attention, mais c'est là que la Bible nous dit ceci en Genèse 13 : 3  Il dirigea ses marches du midi jusqu’à Béthel, jusqu’au lieu où était sa tente au commencement, entre Béthel et Aï.

Le livre de la Genèse a su, si on y prend garde, donner suffisamment de détails très précis pour que fil de la trame historique des patriarches antédiluviens et postdiluviens puisse être retracée, au moins dans les grandes lignes. Or les détails géographiques concernant Bethel et Aï intriguent. Car entre ces deux points il n'y a rien et c'est précisément le point le plus important de l'histoire d'Abram.

Plus loin dans le texte en Genèse 13 : 3 on donne un qualificatif particulier à ce lieu précis qu'on nomme "la tente au commencement", celle où débute une nouvelle histoire, celle du peuple juif. Certainement Abram a dû avoir cette réflexion de bon sens: si le dieu Sin ou la déesse Ningal lui ont parlé à Ur et Haran, puis que des dieux différents comme le dieu El ou la déesse Ashera lui ont parlé à Sichem, c'est que peut-être ce ne sont pas ces dieux-là qui lui ont parlés, mais un autre Dieu, un Dieu différent et unique qui lui parle, comme Il le fit à ses ancêtres, Noé, Hénoch et même Adam!

Entre Béthel et Aï, loin de tout, des villes et des hommes, Abram retrouve la conscience du Dieu unique et vivant de ses pères. Ici point de temple, d'arbre sacré ou d'autel, rien. Il prend alors une décision lourde de conséquences, les anciens dieux ne seront plus ses dieux, mais il honorera plus que le Dieu unique de ses ancêtres. Genèse 12 : 8  Il se transporta de là vers la montagne, à l’orient de Béthel, et il dressa ses tentes, ayant Béthel à l’occident et Aï à l’orient. Il bâtit encore là un autel à l’Eternel, et il invoqua le nom de l’Eternel. 9  Abram continua ses marches, en s’avançant vers le midi.

Souvent les exégètes focalisent leur attention sur le sens du nom donné par Abram à ce dieu, alors que le point important est qu'il n'invoque plus qu'UN seul dieu. C'est le signe du rejet du paganisme et du polythéisme. Dans le même registre, on comprend alors que c'est le processus inverse qui se mit en place du temps d'Hénoch où il est dit: "Seth eut aussi un fils, et il l’appela du nom d’Enosch. C’est alors que l’on commença à invoquer le nom de l’Eternel". Genèse 4:26 Quand on comprend et mesure la profondeur spirituelle de la décision d'Abram, alors il faut le faire pour Hénoch. L'invocation du nom de l'Eternel dans ce cadre-là ne peut avoir qu'une signification, les fils de Dieu ont abandonné le culte du Dieu vivant pour suivre celui des dieux païens dans les temples qui se construisaient dans les villes sumériennes. Ce qui était un moyen de démontrer qu'ils s'intégraient dans le tissu social de l'époque. Les mariages mixtes ne faisant que renforcer l'abandon du culte de l'Eternel.  Genèse 4 : 1 Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre, et que des filles leur furent nées, 2  les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent. 3 Alors l’Eternel dit : Mon esprit ne restera pas à toujours dans l’homme, car l’homme n’est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans. 4 Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu’elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l’antiquité. 5  L’Eternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. 6 L’Eternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé en son cœur. 7  Et l’Eternel dit : J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel ; car je me repens de les avoir faits. 8 Mais Noé trouva grâce aux yeux de l’Eternel.

Noé restera le dernier de son temps à poursuivre le culte de l'Eternel, mais également à écouter Sa voie et suivre Ses commandements. Cela implique que lorsque l'Esprit de Dieu repose sur un homme, les songes, visions et prophéties accompagnent la vie des fils de Dieu. Ils sont les signes spirituels qui marquent la vie des enfants de Dieu. Les dons spirituels attestent donc que l'Esprit Saint "reste dans l'homme" et l'accompagne tout le long de sa vie. C'est le sens même de la création de l'homme. Une fois le corps formé dans sa dualité, l'Esprit Saint va se manifester quand la femme sera prise de l'homme. Dans le chapitre 2 de la Genèse, l'adam mâle et femelle va être remodelé en une nouvelle image de Dieu. L’homme fait à Son image est partagé en deux parties égales qui forment Ish (l'homme) et Isha (la femme). "L’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme. 23  Et l’homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! on l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme." Le mot איש Ish est composé de trois lettres, le Aleph, le Yod et le Shin. Le mot אשה   Isha s’écrit avec trois lettres, le Aleph, le Shin et le Hé. Le féminin en hébreu, s’obtient en ajoutant la lettre Hé au mot masculin. Les lettres communes pour écrire l’homme et la femme sont l’Aleph et le Shin. Or, ces deux lettres forment en hébreu le mot Esh (אש), le feu. Comme pour souligner que ce qui est commun aux deux c'est leur nature ardente. Les deux lettres qui différencient ‘Ish’ et ‘Isha’ sont le Yod et le Hé. Le Yod est au centre du mot ‘Ish’ et le Hé termine le mot Isha. Ces deux lettres réunies forment le mot יה YAH, qui est l’abréviation du nom de Dieu. La composition d'Ish et d'Isha nous donne comme résultat le « Feu de Yah », soit pour simplifier, le Saint Esprit.

Le processus en cours avec Abram et Saraï vise donc à rendre à ces derniers représentants de la lignée directe d'Adam, le sens divin du fils de Dieu au travers de l'ish et de l'isha. Soit remettre l'Esprit de Dieu dans le cœur de l'homme.

lundi 30 mai 2016

Pâques ou Pâque ? (partie 6)

De Noé à Abram dans le contexte historique antique

Pour retracer l'histoire des fils de dieu d'Adam jusqu'à Abraham il faut rester factuel, tout en conservant à la Bible son caractère inspiré. Comme le canon biblique a commencé à être compilé à partir de l'exode babylonien pour s'achever quelques décennies avant la venue du Messie, il devrait couler de source que la Torah ne fut pas conservée intacte depuis sa conception par Moïse jusqu'à son écriture définitive. Sous le règne du roi Josias (-639 à -609) on restaure le temple et on retrouve UN exemplaire du livre de la Loi. On pense aujourd'hui qu'il ne s'agissait que du livre du Deutéronome et qu'on a complété le reste par la loi orale et des éléments pris dans la religion babylonienne pour reconstituer l'histoire biblique la plus ancienne. La mémoire collective juive a dû conserver précieusement le nom et les dates de ses patriarches comme l'ossature de son Histoire, ainsi que certains éléments concernant les personnages clés comme, Adam, Noé et Abraham. Il y a donc dans l'Histoire une histoire, que l'on peut retracer si on s'en tient à l'ossature chronologique pour reconstituer le corps de notre passé biblique.

A partir de quelques noms, dates et lieux précis, il semble impossible de reconstituer le fond historique des patriarches, sauf si l'on y adjoint les formidables progrès de la science de ces dernières décennies. A partir de l'empire d'Akkad, on possède des tonnes de tablettes d'argile qui racontent la vie à cette époque. On peut donc reconstituer la trame de fond et y superposer la vie de nos patriarches postdiluviens. Cependant, parmi les éléments bibliques difficiles à concevoir se trouvent les âges incroyablement longs des patriarches et les chronologies mentionnées en Genèse 11. Les Mésopotamiens utilisaient un système hexadécimal (base 60) et les âges patriarcaux dans la Genèse tournent autour des chiffres 60 et 7. En plus des nombres sacrés en usage en Mésopotamie, certains nombres sont préférés dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament : 3, 7, 12 et 40 que l’on retrouve aussi dans ces chronologies. Cela ne signifie nullement que les dates bibliques ont un sens figuré, mais qu'elles s'inscrivent dans une vérité spirituelle et historique dépassant la seule signification numérique. Autrement dit, les chiffres dans la Bible n’ont pas d’abord une signification numérique, mais d’abord une signification sacrée.

Les nombres bibliques portent donc en eux le sceau du divin. Mais ils ont également été donnés pour être retenus facilement. La première généalogie antédiluvienne d'Adam à Noé se compte sur les doigts des deux mains et se termine par trois fils, soit les trois phalanges d'un doigt. La généalogie postdiluvienne de Noé à Térach se compte de manière identique à la première. Cette symétrie peut évidemment ne rien signifier de particulier, mais si l’on se souvient qu’à l’époque de la Bible, le texte biblique était d’abord appris oralement avant d’être écrit sur du papier, ces symétries jouent un rôle évident de moyens mnémotechniques. Ainsi, quand on chantait ou contait l'histoire familiale pendant les veillées, c'est en comptant sur ses doigts que l'on énumérait la généalogie des patriarches. On peut donc raisonnablement considérer que Dieu a agi de telle sorte que l'histoire des fils de dieu se transmette de génération en génération, jusqu'à la rédaction de la Bible.

Ainsi, si les noms et dates ont été pieusement conservés, à partir des seules dates bibliques on remarque en se référant au tableau chronologique des patriarches, que deux groupes se distinguent par des longévités très différentes, car on divise par trois pratiquement la durée de vie d'un groupe par rapport à l'autre. Les 5 patriarches de Noé à Eber vivent en moyenne 577 ans. Le second groupe de Peleg à Térach vit en moyenne 171 ans, soit même pas le tiers du temps. Mais s'agit-il vraiment de groupe?


A partir des seuls noms que peut-on dire? Que Noé dont la racine lexicale signifie le repos ou se poser, trouva le repos et se posa dans le sens de planter sa tente après avoir vécu sur une terre remplie de violence. Par son fils Sem (nom, renommée) , il retrouva une réputation et Arpacschad s'établit, formant une nouvelle souche familiale par Schélach (pousse, rejeton), dans une région de l'autre côté du pays, Héber (l'autre côté, la région au-delà). Puis vint la division familiale avec Péleg (division). "Il naquit à Héber deux fils : le nom de l’un était Péleg, parce que de son temps la terre fut partagée, et le nom de son frère était Jokthan." Gen 10 : 25. En lisant le texte sans s'y attarder, on pourrait penser que la terre fut partagée entre Péleg et Joktan.  Cependant il est plus vraisemblable qu'il s'agisse d'une division familiale entre les deux groupes familiaux de longévité fort différente.

Donc à partir de Péleg la famille se serait scindée, ce qui nous donne bien deux groupes distincts de 5 patriarches. Reste un nom énigmatique dans la première liste qui visiblement n'a aucune racine hébraïque, mais un fort accent étranger. On peut donc raisonnablement considérer qu'Arpacschad, car c'est de lui dont il s'agit, porta un nom à consonance local, du moins en partie. Retrouver l'origine sémantique du nom reviendrait à trouver la région au-delà du pays où le fils de Sem s'est établi. Si l'on revient à la généalogie de Genèse 10, on remarque que Sem eut 5 fils: "Les fils de Sem furent : Elam, Assur, Arpacschad, Lud et Aram." Gen 10 : 22. Quatre fils correspondent à quatre régions précises, Elam (Perses) et Assur (Assyriens) au sud et Lud (Lydiens) et Aram (syriens) plus au nord. Reste Arpacschad, qui est donc certainement le nom d'une région située au milieu, mais au-delà de ces peuples connus qui formaient peu ou prou les contours de l'empire akkadien contemporain du premier groupe.

La manière la plus simple de s'éloigner du sud mésopotamien détruit par l'inondation, c'est de suivre les routes commerciales qui remontent vers le nord en suivant les deux grands fleuves, le Tigre et l'Euphrate. En faisant cela, vous allez immanquablement traverser le royaume d'Akkad qui était en conflit permanent avec Sumer. Bien que fugitif d'un pays détruit, vous n'aurez certainement pas envie de devenir des sujets relégués au rang d'esclave chez les Akkadiens. Vous traverserez donc le pays en cherchant à vous en distancer le plus possible. Mais comme Sargon d'Akkad a été débarrassé de ses ennemis héréditaires du sud les plus puissants, l'occasion fut trop belle pour ne pas chercher à prendre possession de toute la Mésopotamie et c'est ce qu'il fit.

Conquêtes de Sargon d'Akkad

La famille de Noé dut donc poursuivre son chemin pour s'éloigner le plus loin possible des Akkadiens en suivant les fleuves jusqu'à leurs sources, au-delà du lac de Van dans la région de l'Ourartou, l'Arménie actuelle. Là, une chaîne de montagnes sert de bassin versant au Tigre et à l'Euphrate qui descendent vers le sud et sur l'autre bassin versant coule l'Araxe qui coule vers l'est pour finir dans la mer Caspienne. Si vous basculez de l'autre côté de la montagne qui forme une barrière naturelle, vous quittez le monde civilisé de l'époque pour rejoindre des territoires quasi vierges où quelques tribus locales cultivent depuis plus de mille ans la vigne. Se fondant sur les plus récentes découvertes archéologiques, des auteurs comme Alexis Lichine situent en Arménie la « patrie du raisin », tandis que Hugh Johnson ne manque pas de souligner que ce lieu d'origine de la vigne cultivée. Dans la plaine fertile où coule l'Araxe, si vous tournez votre tête vers le sud où se trouve votre patrie d'origine, votre regard sera immanquablement attiré par la plus haute montagne, un volcan de plus de 5000 m, surnommé le mont Ararat. Vous êtes donc dans la vallée de l'Ararat. Il ne reste plus qu'à trouver un lieu pour vous établir, car le pays apparaît aux yeux du voyageur comme un immense jardin verdoyant. La vallée de l'Akhourian, rivière qui se jette dans l'Araxe, semble idéale. Aujourd'hui cette rivière forme la frontière avec la Turquie et les Turcs la nomment Arpaçay. La famille de Noé aura donc laissé au moins un souvenir dans la région, celui du nom du fils de Sem, Arpacschad. Si tel est le cas, d'autres "souvenirs" de famille doivent forcément être restés dans la région. Grâce à William H. Shea et ses recherches archéologiques, on a pu aller beaucoup plus loin. Pour résumer le résultat de ses recherches dans la région, on peut dire que les lieux très plausibles de l'ensevelissement de trois hommes et de leur femme ont été identifiés en Arménie : Noé et sa femme dans le monticule près du lac Qare, à 3 000 m sur le flanc du mont Aragatz, à une heure de route au nord d'Erevan, Sem et sa femme dans la tombe au centre du site mégalithique de Zorats Qarer, à trois heures de route au sud d'Erevan, et Japhet et sa femme sur le promontoire donnant sur la vallée où se trouve le monastère de Tatev, à six heures de route au sud d'Erevan.

L'histoire biblique de Noé est donc identique à celle d'Adam dans le jardin d'Eden, dans le sens où le texte biblique est rédigé sous une forme poétique destinée à être chantée de manière facile à retenir pour les générations futures, mais permettant également une double lecture par les symboles contenus dans l'histoire. Par les fleuves qui sortent du jardin d'Eden on peut trouver la zone précise de son implantation, comme pour le mont Ararat, point de chute de la famille de Noé. Ainsi avec un point géographique et une date précise, retracer l'histoire des fils de Dieu avant Abraham devient possible aujourd'hui. Concernant la famille de Noé on sait qu'elle n'a plus bougé jusqu'à sa mort et celle de Sem. Ayant compris le danger que représentait le développement d'une civilisation quand les dirigeants de celle-ci instrumentalisent la religion pour en faire un élément de gouvernance, Noé et sa famille firent le choix de s'en éloigner pour garder leur fidélité au Dieu du Déluge dans une région très peu développée. Mais les choses vont bientôt changer avec la renaissance sumérienne.

Pendant le XXIè siècle av J-C., Sumer retrouva son indépendance et brilla à nouveau sur le monde. La souche adamique avant Noé n'avait jamais quitté le pays de Sumer et même avait fortement contribué à son développement par Caïn, posant en cela les bases mêmes du principe de civilisation. Le souvenir de cette gloire passée était resté vif dans la mémoire de la famille de Noé et le temps passant le souvenir du Déluge s'effaça progressivement, accentué par les nouvelles venant de l'autre côté de la montagne. En effet, la renaissance sumérienne renvoyait à l'Histoire ancienne le Déluge. Le simple fait que Sumer renaisse, n'était-ce pas le signe que Dieu avait pardonné au monde et que le temps du retour était venu?

Noé dont la sagesse était proverbiale ne partageait pas du tout l'idée du retour, connaissant que trop bien les effets de la civilisation sur la foi et les comportements des fils de Dieu. Péleg (division) faisant fi de l'avis du patriarche Noé quitta la souche familiale pour retourner à Ur en Chaldée (Sumer). Par sa descendance Rehu (viens de rea: l'autre), il forma une autre  branche familiale avec Serug (branche scion). Mais la bénédiction de l'Eternel ne repose pas sur ce groupe familial. Nahor (halète) peine à respirer dans la Basse Mésopotamie, car l'air y est moins vif que dans la pleine de l'Ararat et il mourra à 148 ans, ce qui est jeune pour un patriarche. Cette déficience respiratoire semble devenir congénitale, car son petit-fils portera le même nom Nahor, donc la même maladie et tuera sans doute son frère, "Et Haran mourut en présence de Térach, son père, au pays de sa naissance, à Ur en Chaldée." Gen 11 : 28. Les problèmes de santé ne concerneront pas que les hommes, les femmes elles sont confrontées à un grave problème de stérilité, ce qui est une manière divine d'éliminer une famille frappée de malédiction, car c'était ainsi qu'était perçu la stérilité en ce temps-là. Sarah, Rebecca et Rachel seront toutes guéries de leur stérilité par une intervention directe de l'Eternel.

L'installation à Ur, ville construite autour des grands temples du dieu Sin (Lune) et de sa fille  la déesse Ishtar, va avoir pour conséquence logique l'abandon du Dieu du Déluge. "Josué dit à tout le peuple : Ainsi parle l’Eternel, le Dieu d’Israël : Vos pères, Térach, père d’Abraham et père de Nachor, habitaient anciennement de l’autre côté du fleuve, et ils servaient d’autres dieux." Jos 24:2. Les noms mêmes de Térach et de ses descendants vont dans le sens de l'affirmation de Josué. Car à l'instar des rois de Sumer, il était courant de donner comme nom à ses enfants, un nom rattaché sous une forme ou une autre au dieu tutélaire du lieu où on habitait. Comme le dieu principal d'Ur était le dieu de la Lune Sin, des noms théophores apparaissent avec Térach, ce nom ayant  une racine hébraïque qui signifie soit «lune» ou «mois» selon la vocalisation: Yareah, "lune" ou Yerah, "mois". Dans le langage "ougaritique" parlé au nord dans la ville d'Haran, "Terah" était le nom même du dieu Lune. Le patriarche Térach avait donc choisi le dieu Lune comme son dieu protecteur. Abram et Saraï, les enfants de Térach, avaient également des noms théophores.

L'onomastique (Branche de la lexicologie qui étudie l'étymologie) propose plusieurs pistes concernant l'étymologie du nom d'Abram: "Le père est élevé", "Père exalté (ou haut)" ou "Exalté par le père". Le terme de "père" se réfère alors à la divinité vénérée par le porteur du nom, ici le dieu Sin dont les odes chantaient ses vertus de père: " Père, illuminateur, seigneur, Sin, prince des dieux! Père, illuminateur, seigneur d'Ur, prince des dieux! Père, illuminateur, seigneur du E-Sirgal, prince des dieux! Père, illuminateur, seigneur, créateur des couronnes, prince des dieux! Père, illuminateur, qui fait arriver majestueusement la royauté à sa plénitude, prince des dieux!..."
Saraï vient de l’akkadien Sharratu qui signifie « reine » et de Sarrati, nom sous lequel la pleine Lune, la déesse Ningal épouse du dieu Sin, était adorée.
Haran renvoie à la seconde grande ville où le dieu Sin était adoré.
Milca la fille d'Haran, vient de Malkatu qui signifie la princesse, nom d'Ishtar fille du dieu Sin.
Laban le fils de Milca et père de Léa et Rachel, qui vivait à Haran l'autre ville dont Sin était le dieu tutélaire, a un nom qui signifie "blanc", un dérivatif du dieu Lune, "lebana" signifiant en hébreu la Lune blanche.
Josué avait donc raison d'affirmer que toute la famille de Térach avait basculé dans l'idolâtrie.

L'implantation de la souche familiale par Péleg dans la ville d'Ur, allait finir en catastrophe si ses descendants continuaient d'y résider. Térach sera le premier à bibliquement être appelé à quitter Ur et même la Mésopotamie pour aller s'établir au pays de Canaan. "Térach prit Abram, son fils, et Lot, fils d’Haran, fils de son fils, et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abram, son fils. Ils sortirent ensemble d’Ur en Chaldée, pour aller au pays de Canaan. Ils vinrent jusqu’à Charan, et ils y habitèrent." Gen 31 : 11. Quand on connaît la suite de l'histoire, on peut penser que Térach fut appelé par l'Eternel à suivre la voie que seul Abram suivra plus tard. L'appel devait être suffisamment pressant et menaçant pour qu'il parte avec une grande partie de la famille, car Ur était un phare de la civilisation à l'époque et partir dans une région peuplée de barbares incultes n'était pas évident. Il coupa alors la poire en deux et s'installa à Haran, ville qui fut l'un des principaux centres, commerciaux, culturels et religieux de Haute Mésopotamie. Sa situation géographique au croisement de deux pistes caravanières en a fait un point stratégique au cours de l'Histoire. Une de ces pistes reliait la Syrie à la vallée du Tigre, l'autre conduisait vers l'Euphrate et le golfe Persique, d'où son nom en akkadien, "route ou itinéraire". La ville se situera également à mi-chemin entre Canaan et la vallée de l'Ararat. Il n'est donc pas exclu que des contacts par le biais des caravanes aient été maintenus entre la branche familiale de Noé qui vivait encore du temps d'Abram et celui-ci.

Pour le reste de la famille qui est resté dans la ville d'Ur ou ses environs, les choses vont rapidement se dégrader et c'est un euphémisme. En -2004 une coalition menée par un roi élamite, Kindattu de Simashki, envahit le pays de Sumer et réussit à prendre Ur. Le résultat se retrouve dans les Lamentation sur la destruction d'UR traduit par S. N, Kramer:
"O, père Nanna (Sin), cette ville s'est changée en ruines...
Ses habitants, au lieu de tessons, ont rempli ses flancs;
Ses murs ont été rompus, le peuple gémit.
Sous ses portes majestueuses où l'on se promenait d'ordinaire, gisaient les cadavres;
Dans ses avenues où avaient lieu les fêtes du pays, gisaient des monceaux de corps.
Ur - ses forts et ses faibles sont morts de faim:
Les pères et les mères restés dans leur demeure ont été vaincus par les flammes;
Les enfants couchés sur les genoux de leur mère, comme des poissons, les eaux les ont emportés.
Dans la cité, l'épouse était abandonnée, l'enfant était abandonné, les biens étaient dispersés.
O, Nanna, Ur a été détruite, ses habitants ont été éparpillés!
"
L'impact de la chute d'Ur fut considérable  dans le Moyen Orient, comparable en Occident à la prise de Rome par les barbares et à la chute de l'empire romain .

Péleg l'artisan de la division familiale mourra cette année-là, certainement tué dans la ville. Nahor le père de Térach mourra un an plus tard. Ainsi deux patriarches disparaissent avec la chute d'Ur. Rehu et Serug survivront et certainement remontèrent également vers Haran ou sa région Paddan Aram, puisqu'on sait quand ils sont morts, ce qui confirme le maintien d'un minimum de relations familiales entre les patriarches, la même chose pour la branche de Noé. Ainsi, si l'on reste exclusivement dans la liste des noms et des dates bibliques, l'histoire des patriarches bibliques et l'Histoire dans l'antiquité mésopotamienne se recoupent extraordinairement bien.

Après la destruction d'Ur, le temple de Sin à Haran connaît une grande prospérité durant tout le IIe millénaire av. J C., comme un des principaux sanctuaires de Haute Mésopotamie. Térach l'idolâtre y reste définitivement, rejoint par le reste de la famille qui est alors considéré comme le reste des habitants du pays, des Araméens: Genèse 25:20  "Isaac était âgé de quarante ans, quand il prit pour femme Rebecca, fille de Bethuel, l’Araméen, de Paddan-Aram, et sœur de Laban, l’Araméen." A ce stade de la vie des patriarches à partir de Térach et de ses descendants, on peut considérer que "les fils de Dieu" au sens antédiluvien du terme, ont cessé de l'être. L'Esprit de Dieu ne repose plus sur eux et c'est une nouvelle génération spirituelle qui doit voir le jour, sinon l'histoire des patriarches s'arrêtera à Haran et se perdra dans l'oubli de la nuit des temps. Mais heureusement un homme va réagir, Abram…

dimanche 22 mai 2016

Pâques ou Pâque ? (partie 5)

Ur III et la renaissance sumérienne

L'empire d'Akkad ne survivra pas longtemps à Naram-Sim.  Son fils Shar-Kalli-Sharri (« Roi de tous les rois »), dès son accession au trône en 2217, doit faire face à diverses invasions. L’empire akkadien sombre alors dans l’anarchie. Vers 2200, les Gutis, des montagnards descendus du Zagros, peuple oppresseur et ignorant le culte des Dieux, s’emparent à leur tour du pays qu’ils saccagent. Cependant, la royauté akkadienne va survivre à son fondateur et, après la chute de l'empire, elle servira de modèle aux maîtres successifs de la Mésopotamie jusqu'à Nabuchodonosor (vie s. av. J-C.).

L’invasion Guti ouvre une période trouble pour la région. Il n’y a pas une totale anarchie, mais la difficulté des Guti à imposer l’ordre facilite l’autonomie des villes et la reprise de leurs activités. Les Guti sont cependant peu à peu assimilés: ils reprennent par exemple la nomenclature royale. Vers 2120 av. J-C., le roi d’Uruk, Our-Hegal attaque le chef guti Tiriqan et le fait prisonnier. C’est la fin de la domination Guti. Il rétablit l'unité de la Basse-Mésopotamie, son entreprise servant de base à la constitution de l'Empire qui suivit. Ce fut un Roi très pieux qui restaura de nombreux temples dans le pays et permit leur bon fonctionnement en choisissant lui-même les Grands Prêtres et les Prêtresses dans les principaux sanctuaires. Sa propre fille, Ennirgalanna, devint Prêtresse de Nanna (Dieu-lune) à Uruk la capitale. Il fit construire un quartier religieux dominé par une grande ziggourat en brique cuite appelée Étemennigurru dédiée au dieu Lune Nanna (Sîn en Akkadien). À Nippur, il fit reconstruire le temple d'Enlil.

Ur-nammu (2112 à 2095 av. J-C. ) gouverneur d'Ur dont le nom veut dire "Guerrier de la Déesse Nammu", épouse la fille du roi Our-Hegal, puis prend la place du roi. Il déplace le siège de la royauté à Ur à la place d’Uruk, renforçant ainsi l’aspect sumérien de la renaissance. Il fonda la IIIe dynastie d'Ur et prit le titre de "Roi du Sumer et d'Akkad" et gouverna ainsi sur les villes d'Ur, d'Éridou, de Larsa, de Lagash, de Nippur et d'Ourouk. Cette IIIe dynastie d'Ur de grands guerriers apporta à la région un siècle de prospérité, mais sa domination se fait essentiellement dans la région sumérienne. Il prend cependant le titre de «roi des quatre régions» et réorganise le pays de Sumer. Cette période de renaissance sumérienne sera appelée Ur III et durera jusqu'à l'invasion élamite et la chute d'Ur en 2004 av. J-C.

Shulgi (2094 à 2047 av. J-C.) dont le nom veut dire "Noble jouvenceau", le fils d'Ur-Nammu mort sur un champ de bataille, succédera à son père et étendra encore les frontières de l'empire. C’est sous son règne que les conquêtes les plus importantes sont faites en Iran et à l’est du Tigre. Il mène dans la deuxième partie de son règne une guerre quasi permanente contre la puissance élamite. Shulgi se lança dans une période de réformes très novatrices pour l'époque, afin de parer aux faiblesses de son royaume. Il bouleversa le système judiciaire par la création d'un code de loi. Il unifia le système des impôts récoltés dans les temples, avec l'introduction d'une nouvelle formule de taxation et l'installation de centres de redistribution des biens qui ne bénéficieront plus qu'aux seuls prêtres. Il unifia l’étalon monétaire (Mine et sicle d’argent), le système des poids et mesures (Silà) et les calendriers des principales villes du royaume. Il réorganisa l'armée et créa une administration centralisée efficace et très contrôlée avec 20 provinces chacune gérée par un Gouverneur et des fonctionnaires transférables d'une province à l'autre en fonction des besoins. A l'apogée de son règne, il se fera diviniser, ce qui augmentera encore son pouvoir, notamment sur le clergé. Grâce à cette nouvelle liberté d'action, il réorganise le système de propriété des temples pour en faire un bien de l'Etat. Les terres afférentes aux temples sont alors redistribuées aux militaires et fonctionnaires en échange de leurs services. La société est alors strictement hiérarchisée, avec une masse de paysans et petits artisans, dont le dénuement ne les distingue pas des esclaves, englobés dans des circuits économiques contrôlés par les temples et les palais, dont se dégage une aristocratie de fonctionnaires.

Amar-Sin (2047 à 2038) dont le nom veut dire "Taurillon de Sîn", continua l'œuvre de son père et comme lui il se nomma "Le Dieu soleil", ce fut sous ces deux Rois que le Sumer atteint son apogée. Il réussit à agrandir l'Empire en y annexant une partie de l'Assyrie et en s'emparant d'Assur. Ur devient alors le centre du monde civilisé et un grand nœud commercial, culturel et religieux.

Shu-Sin (2038 à 2029) dont le nom veut dire "Celui de Sîn", deuxième fils de Shulgi succéda à son frère. Avec lui commence le déclin de l'empire et il doit faire face aux infiltrations de tribus amorrites qui sont de plus en plus une menace pour le cœur de son royaume. Face à cela, il fait construire une muraille complétant le système défensif dans un royaume de plus en plus sur la défensive. Pensant être abandonné des dieux, il fait appel à la déesse de la guerre afin d'arracher l'adhésion des dieux. Pour ce faire, il érigea en plein cœur du quartier sacré de Nippur un sanctuaire dédié à un nouveau dieu nommé Shara, "Prince", un fils d'Inanna (Ishtar). Dans l'inscription qui consacrait le temple, Shu-Sin revendiquait la paternité du nouveau dieu, donc de facto il se présentait comme l'époux terrestre de la déesse. Le nouveau temple nommé Shagipada sera érigé dans la dernière année de son règne.

Ibbi-Sin est le cinquième et dernier roi de la Troisième dynastie d'Ur. Il a régné de 2028 à 2004 av. J-C. Ibbi-Sin réussit à conserver Ur pendant une vingtaine d'années, mais il perd progressivement les autres grandes cités de Basse Mésopotamie dont les gouverneurs se rendent indépendants. Cette crise politique est en partie due à l'arrivée croissante d'Amorrites, dont certains occupent des postes-clés dans le royaume. L'empire se désagrège et pour se protéger le roi élève des fortifications au cœur même de Sumer. Le reste du royaume est laissé aux ennemis. Ibbi-Sin ignora alors Nippur la capitale religieuse de Basse Mésopotamie et s'en remit entièrement à Inanna dont devient le grand prêtre de son temple situé à Uruk. Tous les oracles prédisent alors sa fin, ce qu'il faut comprendre comme une rébellion du clergé à son encontre. A la fin son autorité ne se concentre plus que sur la d'Ur dont il devient le grand prêtre au sein du sanctuaire d'Inanna à Ur. Cela fut considéré comme un sacrilège envers le dieu tutélaire de la ville, le dieu Lune Nanna. Toutes les cités vassales cessent alors les livraisons traditionnelles d'animaux sacrificiels. L'autorité centrale d'Ur, son roi déifié, ses dieux et temples ziggourat perdent toute reconnaissance. Le coup de grâce est porté à Ur par une expédition menée par le roi élamite Kindattu de Simashki, dirigeant une coalition constituée de troupes venant aussi du Zagros. Ibbi-Sin aurait alors été emmené en Élam avec la statue du dieu Nanna, symbolisant sa défaite totale. La ville fut mise à sac et les habitants qui ne pouvaient pas s'enfuir furent égorgés ou réduits à l'esclavage. À partir de cette époque la région passa sous la prédominance des Amorrites, qui créèrent plusieurs royaumes depuis les citées dont ils avaient le contrôle.

Chronologie biblique dans l'Histoire postdiluvienne

Après le Déluge, progressivement même les patriarches bibliques abandonnèrent le culte de l'Eternel pour adorer les dieux des villes où ils habitaient. Abram, originaire d'Ur, fut à l’origine un adorateur de la Lune, comme son père. Jos 24:2 « Josué dit à tout le peuple : Ainsi parle l’Eternel, le Dieu d’Israël : Vos pères, Térach, père d’Abraham et père de Nachor, habitaient anciennement de l’autre côté du fleuve, et ils servaient d’autres dieux ». Ainsi nous possédons grâce à la Torah un élément de compréhension essentiel pour retracer l'histoire des patriarches postdiluviens jusqu'à Abraham. La Bible ne dit cependant pas grand-chose sur les 3 siècles ½ qui séparent le déluge du départ vers Canaan. Cependant nous avons des dates précises et des noms qui ne devaient pas être le nom usuel employé de leur temps, mais plutôt le qualificatif de la personne, le trait marquant du personnage, à l'instar d'Adam qui fut nommé ainsi, car il fut tiré de la terre, adama en hébreu.

Comme les dates sont difficiles, voire impossibles à préciser de manière certaine au fur et à mesure que l'on remonte dans le temps, surtout avant le Déluge où les documents écrits étaient inexistants ou à peine parcellaires, je fais donc au plus simple en prenant les grandes phases bibliques de 2000 ans comme mètre étalon, soit 2000 ans depuis Adam jusqu'à Abraham, puis 2000 ans d'Abraham à Jésus et enfin 2000 ans pour les nations. Le marqueur de départ devient alors Adam dont la date de "naissance" serait 4000 av. J-C. A partir de là on peut établir une chronologie biblique et historique en forme de tableau que l'on peut superposer.